Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Le sens d’un geste
 

Certaines images, certains gestes font le tour du monde. Ils bouleversent ceux qui les regardent. Ils influencent de manière durable l’opinion publique. Il suffit de penser au corps sans vie de cet enfant syrien de 5 ans déposé par les vagues sur une plage de la Méditerranée. Ou, plus éloigné dans le temps, en 1989, cet étudiant sur la place Tian An Men, seul, les bras ouverts pour stopper les tanks de l’armée chinoise. Ou encore l’agenouillement tout à fait inattendu du chancelier allemand Willy Brandt en 1970 devant le monument honorant les juifs morts pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie. Ces images, ces gestes résument et condensent symboliquement un ensemble de problématiques connu de ceux qui regardent. Leur sens se comprend à partir de ce contexte culturel plus global.
Le geste de Jésus au Temple de Jérusalem fait partie de la mémoire collective. Un fouet pour chasser les animaux de leur emplacement de vente sur le parvis de l’édifice ; de la monnaie dispersée, des tables renversées ; et puis, des paroles fortes adressées aux marchands. Mais quel est le sens de ce geste ?
Pour nous qui ne connaissons plus les pratiques culturelles liées au Temple de Jérusalem, il est difficile de déchiffrer le message. Jésus se serait-il permis d’agresser des personnes qui ne se comportaient pas comme il le souhaite ? S’autoriserait-il à utiliser de la violence physique pour parvenir à ses fins ? Ces suppositions font jubiler certains. D’autres sont déçus. Jésus serait-il incapable de mettre en pratique ce qu’il prêche ? Et si toutes ces hypothèses restaient largement à distance de ce que l’Évangile veut nous faire comprendre ? En effet, d’un point de vue historique, il est très surprenant que l’occupant romain, omniprésent à l’époque, ne soit pas intervenu. Si l’événement avait eu une certaine ampleur, le parvis du Temple aurait été bouclé et l’auteur des troubles arrêté. Mais il n’en est rien. Le geste de Jésus n’a pas entraîné un désordre public. Sa valeur est donc d’abord prophétique. Il renvoie à une question religieuse fondamentale. À quoi le Temple sert-il ? Et quelle représentation de Dieu est véhiculée à travers les rites du culte ?
Notre texte recèle plusieurs pistes de réflexion. D’abord la question des animaux. Ils symbolisent l’ensemble des sacrifices offerts à Dieu. Ils représentent et « remplacent » pour ainsi dire les humains chargés de péchés mais désireux d’obtenir le pardon. Faire sortir les animaux de l’enceinte du Temple, n’est-ce pas indiquer que le temps des rites sanglants est révolu ? Au milieu du Temple se trouve désormais celui que Jean le Baptiseur a désigné comme « agneau de Dieu ». Ce ne sont plus les offrandes des humains qui enlèvent les péchés. Dieu, lui-même en Christ, vient à notre rencontre et se charge d’emporter tout ce qui nous sépare de lui. Le salut est un cadeau et non le résultat de nos sacrifices.
Et puis l’argent. Il renvoie à une question cachée. Peut-on marchander avec Dieu ? Peut-on adopter tel ou tel comportement pour être en bons termes avec lui ? Par exemple faire des offrandes coûteuses en argent ou en temps, promettre des renoncements, participer assidûment aux célébrations rituelles, entamer des déplacements onéreux… ? L’interpellation de Jésus fait apparaître la tension entre deux conceptions. Le Temple est-il « la maison du Père », donc une maison de confiance, ou une « maison de commerce » ?
Et la question du Temple en tant que tel ? Le texte nous fait faire du chemin. D’abord il parle du bâtiment. Ensuite du sanctuaire, lieu de la présence divine. Jésus évoque la destruction de ce sanctuaire pour relever un autre à la place. Ce sanctuaire-là portera les marques d’une nouvelle Pâque. Jésus lui-même, ressuscité, sera le Temple nouveau, la demeure du Très-Haut. On n’aura plus besoin d’un bâtiment pour réunir une assemblée. Le Christ rassemblera, pour la louange du Père, une humanité sauvée par sa mort, par sa Pâque, et renouvelée dans la force de l’Esprit Saint.

Agnès von Kirchbach






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