Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Le code de la Transfiguration
 

28/2/15

Quel étrange récit, la Transfiguration ! À la fois mystérieux : qu’en penser ? Et rassurant : il s’en dégage une grande sérénité. Ce passage est d’autant plus étonnant qu’il rompt brutalement le texte de l’Évangile, et que ce même texte se poursuit comme s’il ne s’était rien passé. Et pourtant, en lisant la suite, le lecteur sait désormais que l’homme dont on raconte l’aventure, Jésus, est « le fils bien-aimé » de Dieu.

En racontant la scène de la Transfiguration, Marc donne ainsi un indice au lecteur pour qu’il interprète dorénavant les faits et gestes de Jésus en fonction de sa nouvelle identité ainsi révélée : son action vise le salut de l’homme, sa parole est celle de Dieu qui vient au secours de l’homme pour le délivrer de ce qui l’empêche de se réaliser. C’est un style qu’adopte l’évangéliste pour permettre au lecteur de mieux comprendre le sens des événements qui vont conduire Jésus jusqu’à l’Ascension. De prendre la mesure de ces événements dans le sens que, dès maintenant, par son action, le règne de Dieu commence avec lui.

Reste à décoder ce récit de la Transfiguration : chaque détail renvoie à des passages de l’Ancien Testament. C’est comme un rêve éveillé où chaque élément mis côte à côte, à la manière d’un rébus, est un indice pour faire surgir le sens. C’est ainsi que Moïse renvoie à la libération des Hébreux de l’esclavage et leur donne une identité après leur passage de la mer Rouge. C’est ainsi qu’Élie sort les individus de leur fascination pour les idoles cannibales et leur évite le sacrifice cruel et inutile des enfants. C’est ainsi que la montée au sommet de la montagne est une invitation à prendre de la hauteur, à sentir l’appel au bonheur et à la liberté, à voir la blancheur de la nouveauté qui inaugure un temps nouveau et une transformation radicale de l’être-homme, à reconnaître enfin un Dieu qui parle aux hommes et leur propose d’écouter son fils pour entrer dès le temps présent dans le royaume où l’amour se donne sans limites.

Ce récit de la Transfiguration interprété comme un rêve éveillé nous sort alors de l’idée d’une construction absurde et nous permet de nous plonger dans nos propres rêves lorsque, nous aussi, en plein cœur de ce XXIe siècle, nous voulons échapper à la montée de l’angoisse, à une vision pessimiste de l’avenir, à la peur d’un bouleversement économique et politique de la planète, à un nouveau régime international qui ressemblerait à une nouvelle dictature et entraînerait la mort de l’humain, et surtout, au-delà de ces événements possibles dans l’actualité du monde, au constat d’un non-sens de l’histoire, celui d’un néant de l’homme. Sans doute, pour mettre en scène notre désir de vivre, utiliserions-nous d’autres représentations liées cette fois à notre culture moins biblique. Mais l’appel au Christ vivant parmi nous, et nous guidant vers un chemin nouveau de rédemption, y trouverait son sens. Plus que jamais, les hommes et les femmes de notre société prennent conscience d’un changement d’ère, d’un retour à une violence et une régression générale mettant les individus dans une fragilité extrême et une grande difficulté pour penser l’avenir et l’anticiper. De la nécessité d’une espérance portée par une lumineuse clarté. D’une urgence d’un ré-enchantement de la vie.

Reste que ce récit de la Transfiguration de Jésus – c’est-à-dire sa résurrection – passe par un non-dit, l’épreuve de la mort, celle vécue par Jésus. C’est l’épreuve de la vérité. Celle de la responsabilité et de l’engagement. À travers la vie de Jésus dans l’Évangile de Marc, toute la suite du récit permet au lecteur de prendre la mesure et le prix de ce qui sera demandé, à lui aussi, en signe de sa participation, de sa volonté et de son propre choix de vie. Celle d’un abandon de ses sécurités obsédantes, de ses conventions sociales et morales de circonstances, de ses conforts et ses habitudes faciles, jusqu’à l’abandon de ses croyances et même de ses mythes qui organisent ordinairement si bien sa vie sans l’obliger à s’interroger sur le pourquoi et le comment de l’existence. Une véritable mise à nu, comme le jeune enfant qui s’enfuit la nuit de l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani, pour une véritable naissance.

DUIGOU Daniel






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