Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Le baptème du nouvel Adam
 

Le baptême du nouvel Adam
11/1/14 - 00 H 00

Ce texte de l’Évangile de Matthieu entraîne le lecteur dans un mouvement auquel il ne peut être insensible. Un mouvement digne d’un des meilleurs réalisateurs dans une mise en scène d’une grande efficacité. Matthieu impose visuellement un quadruple déplacement semblable à quatre travellings s’enchaînant dans une certaine lenteur, sans à-coup ; le mouvement s’inscrit dans les mots et la construction des phrases, et ne peut qu’être la volonté de l’auteur pour donner sens à la théâtralité de son message. Il y a d’abord un double déplacement horizontal : Jésus « vient » et « les cieux s’ouvrirent ». Il y a ensuite un double déplacement vertical : l’immersion et l’émersion de Jésus, et la colombe qui descend sur Jésus. Une véritable chorégraphie, dans une grande sobriété, alliée à un élément sonore : une « voix » annonce que Jésus est le « Fils bien-aimé » de Dieu. Un art littéraire. Une technique qui permet au lecteur de se projeter dans le personnage principal de la scène mais, surtout, une création, un style nouveau pour rendre compte d’un événement qui l’est également.

Cette présentation du baptême de Jésus par Matthieu ne peut effectivement qu’impliquer le lecteur : ce baptême, c’est aussi le sien, celui de l’homme (homme ou femme), le nouvel Adam qu’inaugure l’homme de Nazareth, dans une nouvelle façon d’être-au-monde. Si le lecteur est initié à la symbolique biblique, il comprend dans sa propre histoire cette reconnaissance de l’humain par Dieu en Jésus son Fils. À la suite de Jésus, s’il marche effectivement dans les pas de ce Galiléen, c’est de lui qu’il s’agit aussi. Matthieu lui rappelle en particulier que, dans son baptême qui implique une mort et une renaissance, il vit une même aventure dans un projet nouveau qui s’ouvre à lui, le convoque, et l’engage dans un à-venir d’homme faisant de lui un Fils-de-Dieu.

Dans le texte de l’Évangile de Matthieu, plusieurs signes vont dans le sens d’une nouveauté à vivre.

Le premier est cette colombe qui vient sur Jésus. Comment ne pas penser à la Création, à une nouvelle Création à mettre en chantier, lorsque l’on se souvient que l’Esprit de Dieu planait sur les eaux (Gn 1, 2) ? Comment ne pas penser également à un nouvel Exode à vivre, lorsque l’on se rappelle que l’Esprit descendit sur le peuple pour le conduire dans le désert (Is 63, 13-14) ?

Le deuxième signe concerne plus une feuille de route qui serait proposée aux hommes d’aujourd’hui, c’est-à-dire à ceux qui vivent l’aujourd’hui du monde auquel ils appartiennent, un monde qui, s’engendrant, engendre la création. Jésus répond à Jean le Baptiste : « Nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » La justice, celle des Béatitudes qui est d’abord une fraternité à vivre dans la solidarité avec les plus pauvres et un engagement pour un monde meilleur, est déjà mise en avant par Jésus.

Jésus, juif, veut revenir à l’essentiel de la foi des prophètes, dans le respect de la Parole écrite dans les textes saints (la Torah), pour accomplir la volonté de Dieu – qu’il appellera Père – c’est-à-dire l’application de la Loi dont l’amour est la source. Il est dans une obéissance absolue qui le rend paradoxalement libre de prendre l’initiative de ses actes et de l’interprétation profonde de l’Écriture. Dans le climat religieux et apocalyptique de son époque, en particulier dans cette attente messianique qui divise alors les Juifs, il prend conscience d’être lui-même le Messie, de sa vocation divine et de son rôle. C’est d’ailleurs lui qui vient à Jean, comme un préalable ou une anticipation. Et Jean comprend aussitôt qui est Jésus ; il s’efface devant le Nazaréen. L’autorité que manifeste Jésus s’impose ; elle le place dans la position du « Fils de l’homme » dans l’esprit même du judaïsme, celui annoncé clairement par le prophète Daniel.

À l’occasion du baptême de Jésus par Jean, l’Église est invitée à ce souvenir de son propre baptême, celui qu’elle reçoit du Christ en tant que peuple de Dieu dans la trace même d’Israël, dans sa façon d’être dans le monde et pour le monde, appelée à aimer le monde dans un nouvel accueil qui s’ouvre aux hommes et aux femmes de toutes les nations. En fait, quiconque est investi par l’amour du Père pour ouvrir un chantier nouveau, celui de l’humain, dans sa propre réalité. Mais le (nouveau) baptême permet à celui qui le reçoit d’en prendre réellement conscience – le sacrement change son réel – et d’y trouver la force que lui confère cette nouvelle identité ainsi que la responsabilité qui lui incombe. À lui de puiser dans l’eau du baptême sa liberté et l’audace de sa foi, dans le mouvement créatif de l’Esprit, pour vivre l’aventure de l’éros dans la rencontre avec l’autre (l’Autre).

DUIGOU Daniel






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP