Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La tenue de service
 

1/11/14

« Jeanne était en tenue de service quand le Seigneur vint à sa rencontre », dit le prédicateur. L’assemblée, nombreuse, est visiblement émue par ce propos.

Rentrant chez moi de ces belles funérailles, je prends du recul sur nos homélies. J’insiste sur le « nos », me mettant le premier dans cette interrogation, et me gardant bien de juger quelque confrère que ce soit. Nos prédications exaltent souvent le dévouement de ceux qui nous quittent. Mais présentent l’inconvénient de rester « de ce côté de la rive » !

Je veux dire par là que louer l’amour d’un être cher n’a de sens que si nous soulignons qu’un grand amour l’attend. Si Jeanne meurt dans l’exemplarité d’un cœur disponible, Dieu seul en connaît la mesure. Pour dire les choses autrement, nous prêchons abondamment sur la tenue de service du serviteur. Nous ne parlons pas assez de la tenue de service du maître ! L’une ne puise-t-elle pas pourtant sa raison d’être dans l’autre ?

L’évangile de ce dimanche insiste : à son retour de noces, le maître se ceindra, les installera et passera les servir. Qu’il soit minuit, ou plus tard encore, saint Luc nous assure que la disponibilité du Seigneur ne faiblira pas. Celui qui nous aime le premier revêt la tenue ! Se ceindre les reins à l’heure qui lui plaît est hautement significatif du don sans réserve de sa grâce. Son heure a quelque chose d’imprévisible pour la lourdeur de nos paupières, parce que son amour est de toujours à toujours. Il n’y a pas d’autre Dieu qui se ceigne les reins dans la joie de trouver ses enfants dans la veille confiante. Le chemin de Jeanne, et de la multitude des humains, n’est donc pas vain. Veiller n’est plus ici une démarche héroïque, masochiste ou déprimante. Veiller devient la patience d’un humble amour qui ne connaît pas l’heure. Mais qui sait qu’un tel hôte ne déçoit jamais. Les biblistes nous disent : « L’avertissement contenu dans cet Évangile concerne aussi bien la fin de chaque vie que la fin du monde. »

Nos célébrations de Toussaint et de Commémoration des défunts nous font donc communier à l’universel et au particulier. Que brûle notre lampe personnelle et planétaire ! Fêter nos saints, que nul ne sait dénombrer, et communier à nos défunts, dont Dieu seul sait la droiture, est une immense espérance. Et aussi une incroyable responsabilité que le Seigneur nous confère envers l’aujourd’hui de l’humanité. Heureux serons-nous si le maître nous saisit en état de veille.

La communauté chrétienne joue un rôle irremplaçable le 2 novembre. Merci aux équipes qui y consacrent leur énergie. La compassion envers ceux qui pleurent un visage disparu est un acte de fraternité et d’espérance. Pleurer avec ceux qui pleurent suscite peu à peu, comme fruit de consolation, cette capacité de veiller à son tour. Si la communauté prend soin de ceux que le deuil affecte, elle ouvre le chemin d’une communion forte avec les défunts. La tenue de service dont Jeanne se revêtait hier, devient tenue du vivant aujourd’hui.

Montera alors de nos cœurs la profession de foi du nouveau bienheureux Paul VI : « Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ. De ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église. Nous croyons que dans cette communion, l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières. » Soyons heureux ! Le Visiteur divin ne saurait tarder. Un cœur qui veille est prémisse d’un amour sans mesure.

Martin Steffens écrit : « Nous surprenons souvent Dieu sur les lieux d’où nous croyons l’avoir congédié. » Ne t’endors pas veilleur de l’Évangile !

PODVIN Bernard






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