Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La prise de risque

Une fois n’est pas coutume : sous prétexte d’une parabole, voilà que Jésus donne un cours d’économie, dans une perspective plutôt libérale ! Comme s’il donnait une « prime au résultat » en fonction des « capacités » de chacun. Mais, derrière un raisonnement qui se veut réaliste, Jésus développe une spiritualité de l’homme d’action, et pas seulement.


 

Dans cette parabole, il y a un chef d’entreprise (le maître) qui veut faire fructifier ses biens d’une grande valeur : à cette époque, un talent valait dix milles deniers et un denier la paie d’une journée de travail. Il y a ensuite ses collaborateurs (ses serviteurs) invités à prendre des initiatives. Les deux premiers se mettent « aussitôt » à l’œuvre : ils veulent réussir et gagner. Et, chacun à sa manière « bon et fidèle serviteur », ils y arrivent puisqu’ils multiplient par deux leur capital. Ce qui est un très très bon score ! Le troisième est en revanche bloqué par la peur de perdre : il choisit de ne rien faire et d’attendre. Il opte pour la sécurité.
La leçon est claire : le bon collaborateur est celui qui prend des risques. Au fond, la vie n’est pas gratuite, elle se gagne. Elle a un prix, elle se mérite. Ne pas prendre de risques, c’est être un « mort vivant » : « Là seront les pleurs et les grincements de dents. » Jésus n’était donc pas tendre pour ceux qui préfèrent se protéger en laissant les autres agir à leur place… un sujet toujours d’actualité. Le lecteur peut s’étonner d’un jugement si sévère qui entraîne une condamnation si grave. Mais, en fait, n’est-ce pas dans ce cas l’homme lui-même qui se condamne ? À partir de cette leçon d’économie qui rejoint une spiritualité de l’homme d’action, deux niveaux d’interprétation sont possibles.
La première est de reconnaître dans le « maître » Dieu lui-même confiant à l’homme la responsabilité de la création et la marche de l’humanité. Dans la Genèse, Dieu confie la terre aux hommes et aux femmes pour qu’ils la fassent fructifier. En se lançant dans cette aventure, l’humanité se construit, et, en se construisant, elle se réalise à l’image de Dieu. Plus que jamais, face notamment aux dangers qui menacent la planète et, par là même, l’homme, qu’en est-il de la responsabilité des hommes ?
La seconde interprétation consiste à identifier Jésus dans le personnage du« maître ». Jésus responsabilise ses disciples et, au-delà, l’Église : celle-ci doit ou devra rendre des comptes devant l’histoire et devant Dieu de ce qu’elle a reçu, la Parole qui donne la vie. Et c’est ce qu’elle a commencé à faire. Le pape Jean-Paul II a ouvert le temps de la repentance : l’Église a reconnu ses fautes dans le passé. Les papes Benoît XVI et François ont poursuivi cette reconnaissance à propos des actes de pédophilie de prêtres. Une humilité, une vérité, une pauvreté aussi, pour une parole crédible face aux hommes du XXIe siècle, alors qu’elle veut se présenter à eux comme un « expert » en humanité. Paradoxalement, n’est-ce pas le fait de faire « repentance » qui la rend « experte » aux yeux des hommes ? Mais, l’important c’est demain ! Et c’est ce que vise d’abord la parabole : comme le ferait un rêve dans sa fonction d’anticipation, il s’agit de prendre conscience d’une réalité pour agir autrement. Dans un monde en pleine mutation, où l’information va de plus en plus vite et rend plus transparente toute chose, où le niveau général des connaissances s’élève d’une façon significative et participe à une plus grande liberté de penser, comment l’Église peut-elle poursuivre sa mission qui est de rendre intelligible la Parole de Dieu pour tout homme et toute femme, jusqu’aux extrémités de la terre ? Dans sa façon d’être dans le monde, en tant que partenaire d’une humanité en marche ? Dans sa façon de s’adresser aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui pour les rejoindre dans leur réalité d’homme et leur permettre dans celle-ci de reconnaître le visage du Christ ? Autrement dit, l’Église n’est-elle pas confrontée à des décisions majeures impliquant une prise de risque, celui d’exister demain autrement en inventant une nouvelle manière de « faire » Église dans le monde ou ne plus exister en ne changeant rien pour ne rien perdre d’hier ?

Daniel Duigou






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