Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La part de non-sens assumée
 

12/4/14

Comme le dimanche de Pâques, le dimanche des Rameaux raconte l’être humain aux prises avec ce qu’il espère. Avec ou sans le mystère de la croix. Sans le mystère de la croix, l’ambiguïté demeure sur le témoignage rendu à Dieu par Jésus de Nazareth. Trop de malentendus, trop d’incompréhensions entourent ses faits et gestes lorsqu’il s’agissait de libérer la conscience humaine de ce qui l’entrave. Un souffle vivifiant pour tous, qui fait éclater les schémas moraux, juridiques et religieux trop rigides. Par leurs acclamations, les habitants de Bethphagé saluent un prophète comme tant d’autres. Mais à ces acclamations répondent le silence de la croix et la solitude de Jésus abandonné à son sort.

Malgré leur enthousiasme, les habitants de Bethphagé, prisonniers de schémas rendus rigides par trop de routine, par trop d’habitudes, ne comprennent pas la nouveauté incarnée par la parole et les actes de Jésus. Leur espérance échoue devant le procès de Jésus, elle échoue devant sa mise en cause par les autorités religieuses et politiques de l’époque. Pourtant, les Écritures contenaient tout le nécessaire pour déchiffrer la Parole que Jésus incarnait à travers ses discours et ses actes. Or, les habitants de Bethphagé c’est nous aussi, lorsque prisonniers de schémas tout faits ou de nos habitudes, nous passons à côté du Verbe de Dieu qui cherche en ces temps bouleversés où et comment s’incarner.
Dans les chants du Serviteur souffrant ou dans de nombreux psaumes où s’expriment le doute ou le désespoir, et le Serviteur souffrant et le psalmiste confessent leur foi au terme d’une plainte ou d’une protestation sans lien de continuité logique entre l’un et l’autre. La structure de ces psaumes reflète cette juxtaposition si souvent expérimentée par l’être humain entre la plainte ou la protestation et la confession de foi. Jésus lui-même en a fait l’expérience sur la croix où coexistent un sentiment d’abandon de la part de Dieu et sa confession d’une confiance radicale. Seul celui qui prie peut articuler les deux pour en faire une prière. Sa prière.

Avec une foi ainsi confessée dans la force de l’Esprit à partir du non-sens de leur existence, ils attendent de Dieu seul le soin de fournir la lumière avec laquelle ils donneront sens à leur existence, tout en assumant cette discontinuité ou ce morcellement éprouvé par le psalmiste, par le Serviteur souffrant, par Jésus, par chacun d’entre nous. Car Jésus a assumé, jusque dans la mort, la discontinuité, le morcellement d’une existence dont le sens se brouillait dès lors qu’était remis en cause le lien qu’il établissait entre le nom de Dieu son Père qu’il servait et sa vie, sa parole et ses actes engagés pour libérer l’être humain de tout ce qui l’asservissait.

En raison de sa transcendance, la résurrection de Jésus par Dieu confirme la justesse du choix de Jésus de faire confiance inlassablement jusque dans l’expérience du doute et du non-sens. En raison des raisons au nom desquelles Jésus a été condamné à mort, elle libère la liberté de la personne humaine du risque de se trouver prisonnière de systèmes de pensée fermés, fussent-ils religieux, qui étoufferait la plainte et la protestation de la victime innocente : « Pourquoi moi ? » Elle démasque l’asservissement dans lequel peut tomber l’homme qui s’en remet à une conception de la liberté produite par lui seul. Ouverte à une transcendance, la liberté humaine survit à tout système de pensée, elle survit aussi à la complexité humaine et à l’hubris qui parfois submerge l’être humain. Elle accompagne la plainte de la victime innocente.

C’est pourquoi la foi pascale, qui prend en charge le procès, les tortures et la mort de Jésus, assume la part de non-sens avec laquelle chacun progresse sur son itinéraire. Elle désigne une espérance que les chrétiens ne produisent pas mais qui est confiée à leur témoignage fragile et vigilant, l’espérance d’un monde reçu pour vivre en plénitude de la bonté inscrite dans la conscience de tout homme, sanctuaire de son alliance christique avec Dieu et fondement de sa dignité.

PICART François






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