Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La mémoire de la parole de Jésus
 

4/4/15 -

Nos lieux de mémoire sont-ils des lieux d’ensevelissement ou bien sont-ils des lieux du plus profond desquels une vie nouvelle peut surgir ? Ce matin-là, trois femmes, Madeleine, Marie et Salomé, se rendent au tombeau où Jésus a été déposé. Elles ont l’intention d’embaumer son corps : une dernière fois, elles vont prendre soin de celui qu’elles avaient suivi et servi, sur les routes de Galilée et jusqu’à la croix de son supplice. Le mot grec que l’évangéliste saint Marc emploie pour désigner le lieu de la sépulture est : mnèméion. Nous y reconnaissons la racine qui, en français, a donné nos moyens « mnémo-techniques » et notre « a-mnésie ». En effet, l’étymologie nous aide à comprendre que ce tombeau-mnèméion est un lieu qui permet de faire mémoire du défunt et des relations que ses amis ont entretenues avec lui.

Mais de ce lieu-là jaillit l’inattendu : les femmes venaient chercher le corps d’un mort, elles découvrent l’absence d’un Vivant ! Nulle preuve, mais une parole entendue au-dedans du tombeau : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. » Cette parole expulse les trois femmes hors du tombeau comme hors d’une nouvelle matrice : « Elles sortirent et s’enfuirent. » Le lieu de mémoire où elles venaient figer le souvenir d’un mort en embaumant son corps devient le lieu où elles reçoivent l’annonce de sa résurrection : « Vous le verrez, comme il vous l’a dit. »« Comme il vous l’a dit… » : la mémoire de la parole de Jésus sera pour elles la première assurance de sa résurrection. Il ne s’agit pas là d’une mémoire qui se recroquevillerait sur le passé, en se nourrissant de lamentations et de regrets ! Il s’agit bien plutôt d’une mémoire qui entretient l’espérance et ouvre un avenir : « Il vous précède en Galilée. »

Dans son Château intérieur, sainte Thérèse d’Avila fait mention d’une grâce singulière : elle entend des paroles du Seigneur Jésus qui restent « profondément gravées dans la mémoire » (VI, 3, 7) et qu’il est impossible d’oublier. Certaines paroles de l’Écriture ne nous ont-elles pas fait vivre, d’une façon ou d’une autre, une expérience analogue ? Ces paroles ont durablement et profondément touché notre cœur, au point de devenir des pierres de fondation de notre relation avec le Seigneur : « Maintenant, va ! je t’envoie » (Ex 3, 10)… « C’est moi, n’ayez plus peur ! » (Mt 14, 27)… « Je le veux, sois purifié ! » (Mc 1, 41)… Chacune est comme l’écho dans notre cœur de la première parole que le Père a prononcée sur nous au jour de notre baptême : « Tu es mon enfant bien-aimé. » Bien sûr, il y a d’autres paroles qui ont aussi marqué notre cœur : paroles de mépris ou d’accusation, paroles violentes à bien des titres… Pouvons-nous faire l’acte de foi que, avec force et douceur, la parole de Dieu nous a touchés bien plus profondément ?

Depuis la nuit de la dernière Cène, nous avons accompagné Jésus sur le chemin de sa Passion. Nous l’avons vu demeurer fidèle à sa parole : parole d’adhésion confiante à l’amour du Père, parole de dévouement inconditionnel pour toute personne. Nous l’avons vu aussi confronté au déferlement de la violence aveugle de la folie humaine. Après avoir crié vers le Père sur le bois de la croix, sa parole a traversé le grand silence du Samedi saint… Aujourd’hui, écoutons sa parole s’éveiller dans le secret de notre cœur. Par sa parole, Jésus ravive et redonne leur saveur d’éternité aux germes de vie qu’il a déjà déposés au plus profond de nous. Il purifie et guérit nos blessures les plus secrètes. Il ouvre au pardon ce qui, en nous, demeure encore emprisonné dans le sépulcre de la rancœur. Il nous entraîne, hors du tombeau, vers la vie, sa Vie : suivons-le !

F. Anthony-Joseph PINELLI (Ordre des carmes déchaux, Paris)






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP