Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La justice de Dieu, c’est le respect de la personne
 

22/2/14 (journal la Croix)

En faisant du « copié-collé » de différentes paroles de Jésus pour écrire son Discours sur la montagne, l’évangéliste Matthieu nous propose un texte d’une très grande densité autour du thème qui, après celui du Royaume des cieux (ou Royaume de Dieu), lui tient à cœur : la justice. À chaque verset, il s’agit surtout de faire la justice ; désirer la justice et agir en conséquence. La justice étant gage de l’existence de l’autre, sa reconnaissance (l’altérité), et don de Dieu. À chaque verset résonne l’appel à la dignité humaine. Le Royaume, c’est d’abord celui où la justice triomphe. Et là où elle s’exerce, l’homme est respecté ; il y est fait roi, et Dieu aussi ! Nous sommes au cœur de la révélation par Jésus de ce qu’est l’amour de Dieu et de son Royaume.

Dans l’Ancien Testament, faire la justice consiste d’abord à obéir aux commandements de Dieu (la Loi) via le Deutéronome. Obéir (appliquer la Loi), c’est faire la volonté de Dieu et, par-là même, aimer Dieu. Dans le Nouveau Testament, faire la justice, c’est accomplir la Loi. C’est ainsi que Jésus le dit et que, surtout, il agit. Le Nazaréen est en colère contre ceux qui, dans leur intérêt personnel, détournent l’esprit de la Loi tout en affirmant qu’ils la respectent ; il vise en particulier les scribes et les pharisiens.

Jésus invite ses contemporains à revenir à la source de la Loi, c’est-à-dire, au-delà de la lettre, à son intentionnalité qui est le bonheur de l’homme, de tous les hommes. Pour Jésus, vivre dans l’esprit de la Loi c’est en fait la réinventer à chaque circonstance, selon les particularités de chacune d’elles : la Loi de Dieu passe par l’amour de l’homme engagé dans des situations qui le déterminent et lui enlèvent parfois sa liberté, celle de penser en particulier.

C’est ainsi que, dans ce texte de Matthieu, à propos du meurtre, de la colère, de l’insulte, de l’adultère, des faux serments, etc., Jésus alterne thèses (« vous avez appris… ») et antithèses (« eh bien moi, je vous dis… »). Il s’écarte d’une notion « objective » de la Loi qui la fige quelles que soient les situations et les époques pour autoriser une notion « subjective » plaçant l’individu dans une position de sujet face aux événements et à l’intelligence qu’il peut en avoir. À l’homme (aux hommes et aux femmes), dans sa capacité de penser le monde au travers de sa propre expérience, d’être le co-créateur de la symphonie de l’amour à chaque étape de l’aventure humaine. Jésus définit donc un nouveau rapport entre l’homme et Dieu qui passe par un autre rapport entre l’homme et la Loi, entre l’homme et l’homme. Autrement dit, une nouvelle Alliance révélant de quel amour Dieu aime les hommes et les femmes, un amour infini qui prend en compte la singularité de l’être et de son histoire. Un nouveau dialogue s’ouvre entre Dieu et l’homme, entre un « je » et un « tu » : l’avenir est à écrire ensemble dans une relation nouvelle entre individus.

Pour Jésus, faire la justice c’est donc entrer dans la dynamique de la création et construire le Royaume des cieux. Ce Royaume s’oppose à celui de Babel où les hommes et les femmes étaient interchangeables, comme les mots. Il s’agit donc de changer de système pour un monde où chaque individu est reconnu dans sa différence et où la Loi ne sert pas à instrumentaliser l’autre mais, au contraire, à le libérer. Il s’agit de changer radicalement de paradigme. Au fond, aimer, c’est aimer l’autre comme une personne, au-delà de sa qualité. Même l’ennemi a le droit de penser autrement ; il doit être respecté dans sa différence, il est en cela un frère. En particulier, l’autre n’est pas une marchandise que l’on peut remplacer par une autre pour éviter la confrontation avec lui, en vérité. La priorité devient la réconciliation par le pardon et la réparation.

Mais alors, si l’important est de vivre l’Évangile dans l’aujourd’hui de notre temps pour qu’il soit vraiment un évangile (une bonne nouvelle), l’Église se doit de prendre en compte la nouveauté du monde, selon la nouvelle donne de l’histoire et l’évolution des mœurs. Il y a de nouvelles conquêtes à obtenir pour les hommes et les femmes. En particulier, un des grands défis de notre temps est la place des femmes dans son rapport à l’homme. Malgré des progrès incontestables, l’égalité n’est pas encore atteinte au sein même de la société ; les résistances conscientes et inconscientes apparaissent beaucoup plus fortes qu’on pouvait l’imaginer. Sur ce sujet comme d’ailleurs sur bien d’autres, la parole de l’Église est attendue par le monde, au nom de la justice et du respect de la personne que Jésus défendait pour dire Dieu. L’Église est convoquée par les hommes et les femmes de notre temps pour être prophète de la modernité.

DUIGOU Daniel






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