Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La grande fête de la fin des temps
 

« Comment imaginez-vous la fin des temps ? – Je ne suis pas cinématographe, moi. Ni romancier. Je ne sais même pas si je dois prendre au sérieux une telle question. »
Nous sommes probablement nombreux à ne pas avoir une pensée très construite dans ce domaine. On connaît les productions artistiques, et leurs tableaux apocalyptiques, chaotiques et meurtriers. Ces images sont produites pour faire peur ou divertir, jamais pour consoler. La fin du temps en tant que tel ou son épuisement, comme s’il s’agissait d’une source tarie ou d’un puits de pétrole vidé ? Inimaginable.
Notre culture ne connaît pas l’horizon qu’évoque le texte biblique. On sait bien qu’une catastrophe pourrait survenir, qui mettrait fin aux conditions favorables à la vie sur notre planète. Elle pourrait être nucléaire ou écologique. Mais qu’un Autre que nous-mêmes mette un point d’arrêt à l’écoulement du temps ? Pour beaucoup d’entre nous, il s’agit là d’une idée saugrenue, voire superstitieuse.
Le texte de Matthieu étonne. Il affirme que la fin du temps ressemble à une grande fête où l’on se connaît et se reconnaît. La parabole évoque ce moment unique dans la vie qu’est le mariage et met en scène des demoiselles d’honneur. Celles-ci connaissent l’époux. Elles attendent de le voir arriver pour former le cortège final devant la salle des fêtes. Le cadre du récit est important. À aucun moment n’est mis en doute le fait que le mariage aura bien lieu. La question qui se pose concerne uniquement le début des festivités et les modalités de participation. Le contexte de notre parabole est clairement identifiable. Avec deux autres histoires, le récit est situé au seuil de l’arrestation de Jésus. Le lien entre les trois paraboles consiste en une invitation à la vigilance. Que signifie-t-elle, dans le cadre de notre parabole ? En effet, toutes les jeunes filles s’endorment. L’accent ne porte donc pas sur le sommeil, mais sur un autre détail de l’histoire.
D’emblée, le lecteur a été averti par le rédacteur. Dès le début, celui-ci a qualifié cinq de ces jeunes femmes d’« insensées » et les cinq autres d’« avisées ». Il faut attendre la fin de l’histoire pour comprendre les deux postures. La différence entre les deux groupes réside dans le fait d’avoir emporté ou non une réserve d’huile.
Nous, lecteurs d’aujourd’hui, sommes choqués par les attitudes évoquées à la fin de la parabole : le refus des cinq jeunes femmes dites « avisées » de partager l’huile pour rallumer les lampes des autres ; une porte fermée définitivement ; une parole rude de la part de l’époux pour renvoyer celles qui arrivent tardivement. Les personnages dits « avisés » ne nous semblent pas sympathiques du tout, et un époux qui n’accueille pas les retardataires fait figure mesquine.
Mais nous, lecteurs d’aujourd’hui, avons probablement perdu de vue comment l’évangéliste Matthieu conclut le Sermon sur la montagne. C’est là en effet que nous lisons pour la première fois les expressions « insensé » et « avisé ». Elles qualifient deux attitudes opposées : entendre les paroles de Jésus sans les mettre en pratique, ou au contraire les entendre et les mettre en pratique.
L’huile de notre parabole n’est donc pas un produit qu’on peut partager mais une attitude de vie. Une authenticité du disciple et de l’Église. Une manière de tenir ensemble un engagement responsable pour notre monde (« mettre en pratique les paroles de Jésus ») et l’attente confiante de la fin des temps. La très grande fête entre Dieu et l’humanité est encore à venir. Mais, curieusement, on ne peut y participer qu’à condition d’avoir aimé s’engager pour les autres.

Agnes von Kirchbach






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP