Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


La fraternité comme acte de foi.
 

24/5/14

Dans cette page de l’Évangile de Jean d’une grande densité théologique, l’au revoir de Jésus, il est important de remarquer pour bien comprendre l’intention de l’évangéliste que, face au Père, face au Moi de Jésus, face aussi à l’Esprit, il y a le « vous » (les disciples) qui s’impose. Rien que dans le court extrait qui nous est proposé ce dimanche, le pronom est cité huit fois. Dieu est donc volontairement situé par l’évangéliste comme celui qui dialogue avec les hommes, avec ce « vous » qui s’inscrit dans une histoire et dans un aujourd’hui. Dieu est celui qui fait de l’homme son interlocuteur. Dans ce texte si élaboré, on n’est pas dans un séduisant jeu intellectuel entre concepts philosophiques ou théologiques. On est dans une aventure humaine qui interpelle et engage l’homme au plus haut niveau, celui de sa liberté et de son désir de vivre, celui de ses choix existentiels.
Dans l’au revoir de Jésus, deux éléments semblent constituer ce « vous » dans la dynamique d’un futur à construire : le départ de Jésus (ou l’absence de Jésus) et « les commandements ». À la place de Jésus qui s’en va, dans l’espace qu’ouvre la séparation (ou la mise à distance), il y a cette invitation ou, plus, cette injonction qui tient lieu de présence : « Vous resterez fidèles à mes commandements. » Comme l’écrit l’exégète Xavier Léon-Dufour, « la véritable présence s’accomplit à travers l’absence » (1). C’est en faisant ce que Jésus leur a commandé que, dans l’Esprit de vérité (expression propre à Jean), Jésus les accompagnera et qu’il se manifestera à eux – la conjugaison au futur indique une action permanente (un « toujours »). Jésus reprend ici à son compte cette affirmation constante de Dieu dans la Bible : « Je serai avec toi. »

Reste à préciser à quoi renvoient « les commandements » de Jésus puisque tout se joue là, dans cette fidélité à vivre qui implique la liberté du disciple. Sans entrer dans le débat interprétatif, il est intéressant de prendre en compte aujourd’hui l’exhortation que le pape François adresse à l’Église, celle de joindre le geste à la parole. Dans ce sens, une manière de comprendre « les commandements » de Jésus est de faire un lien entre les paroles de Jésus et le geste du « lavement des pieds ». Le commandement de Jésus, c’est l’amour fraternel. Vivre l’amour fraternel – c’est-à-dire, pour être plus direct, entrer dans le combat pour la fraternité dans une société qui lui tourne le dos – c’est ça aimer Jésus, c’est ça vivre de l’Esprit, et c’est ça connaître Dieu comme Père. La fidélité au commandement de Jésus passe alors par un choix de vie au niveau personnel et une implication au niveau collectif.

Au final, l’au revoir de Jésus est un appel. Non à la soumission si facile dans une société qui s’organise en faisant de la satisfaction des besoins par le biais de l’économique son unique but, mais à la liberté nécessaire pour penser et construire un autre monde plus fraternel. Dans cette perspective, l’Église se doit de prouver dans les faits, dans sa façon de gérer l’institution en particulier, qu’elle croit vraiment que la parole de vie de Jésus est le chemin de la vérité. Qu’elle est capable de vivre de la liberté de l’Évangile en partageant le souci des plus pauvres jusqu’aux marges de la société, le souci de celles et ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont considérés comme des êtres indignes ou méprisables, inutiles ou même inférieurs. Dans le monde de la communication où l’opinion devient une autorité (ou un pouvoir), où la transparence s’impose comme critère de liberté, où le principe de résultat participe à la preuve de la vérité, la crédibilité de l’Église passe par la visibilité d’une cohérence entre gestes et paroles. L’au revoir de Jésus est un appel à un acte de foi en Lui comme lumière et chemin de vie pour tous les hommes. Le « faire » ou « l’agir » pour une vraie fraternité est devenu plus que jamais aux yeux des citoyens de la planète l’expression de cette foi en Lui.

(1) Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, tome III, Seuil, 1993, p. 149.

DUIGOU Daniel






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