Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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La circoncision de Jean
 

Les sociologues s’inquiètent d’une montée de la violence dans la société rendue visible par celle de l’intolérance. Le repli identitaire s’accentue et le communautarisme exprime de plus en plus un vivre-ensemble contre l’autre. À l’époque de Jésus, les individus devaient également faire face à de la violence. Ils étaient certes face à une autre violence ou à d’autres formes de violence, mais à une violence tout aussi éprouvante. Et pourtant, ce qui est frappant dans cette page de l’Évangile de Luc, c’est la sérénité qui s’en dégage.
Les protagonistes ne sont pas en dehors du champ de la société ni en dehors de celui de leurs propres difficultés humaines, mais c’est la confiance qui l’emporte sur les inquiétudes. Un enfant naît, c’est l’enfant d’une promesse : il ouvre le futur et la possibilité d’un « à venir ». Pourquoi une telle sérénité ? La clé de voûte du récit qui soutient cet optimisme radical, c’est « la grandeur de la miséricorde » du Seigneur. L’homme n’est pas seul, « la main de Dieu » lui ouvre un chemin pour se réaliser. Zacharie était devenu muet car il n’avait pas cru en la Parole de Dieu (1, 20) ; il retrouve l’usage de la parole parce qu’ensuite il a cru en cette Parole délivrée par l’ange, une Parole qui délivre l’homme.
Mais de quelle foi s’agit-il alors ? La tradition voulait que le jour de la circoncision on donne un nom à l’enfant. Dans les temps plus anciens, les deux actes étaient distincts. La pratique a fait qu’ils étaient désormais liés. Le sens est d’autant plus fort. Dans la circoncision, le garçon perd un bout de lui-même. Il accepte la loi de l’autre, celle qui fait que l’on ne peut pas vivre sans l’autre, que la vie passe par l’accueil de l’autre, par le fait de lui faire une place dans sa propre vie, d’abandonner une partie de soi pour l’autre. La circoncision est alors l’entrée dans une relation où l’altérité de l’autre est reconnue, où Dieu est. Elle lui permet de recevoir de l’autre « dans sa chair » une identité, celle d’être homme vraiment homme dans son rapport à l’autre.
Mais ici, dans cette « histoire » que l’évangéliste Luc nous raconte à propos de Zacharie, le sens va encore plus loin. Le jour de la circoncision, on donne donc un nom à l’enfant. Dans la tradition, c’est celui du grand-père. Ici, dans « l’histoire » de Zacharie, rupture de la tradition : c’est Dieu qui donne un nom à l’enfant. Il s’appellera « Jean » (en hébreu, « Yah fait miséricorde »). Et Zacharie accepte ; il reçoit et accueille la Parole de Dieu, il se remet entre Ses mains. Il y a alors quelque chose d’essentiel à comprendre. Zacharie entre dans l’alliance de Dieu. Mais en acceptant le nom proposé par l’ange pour son fils, il inaugure une nouvelle alliance, un nouveau salut, une nouvelle libération qui passe par une rupture.
C’est l’expression d’une conscience d’un manque de l’autre, d’un désir de réparation, d’une demande d’un salut venant de l’autre, d’une acceptation d’une altérité de cet autre, mais, surtout, d’un abandon entre les mains d’un Dieu Autre à découvrir dans l’événement (ici la naissance inattendue de l’enfant) qui fait qu’Il sauve l’homme dans le présent de son histoire ; l’expression d’un commencement qui suppose la confiance absolue – dans la liberté de l’être – en un Dieu qui dialogue avec l’homme et lui ouvre dès maintenant les portes d’une rédemption. L’impossible devient possible au cœur même d’une humanité qui est toujours à construire. Jean annoncera Jésus, un nouvel homme.
Aujourd’hui, la question de l’immigration qui, dans le monde, n’en est qu’à ses débuts, impacte gravement l’avenir du vivre-ensemble avec et pour tous sur notre planète. Le pape François fit de l’accueil de l’immigré une priorité, dès le lendemain de son élection. Mais dans un dernier sondage, de par cette position très ferme, son image s’est dégradée, surtout paradoxalement chez les catholiques.
Et pourtant, ce défi n’implique-t-il pas cette double problématique de la foi : la circoncision (du cœur) et l’identité qui est donnée par (ou qui vient de) l’autre (l’Autre) ? Il en va, comme pour Zacharie, d’une confiance absolue en ce Dieu d’amour qui nous appelle à travers « l’étranger » en détresse. Pourquoi avoir peur ? À côté d’autres défis tout aussi importants, cet « étranger », à l’image du Christ, ne serait-il pas dans notre actualité celui par qui passe aussi l’avenir de l’humanité et l’identité de l’être-homme aujourd’hui ?

Daniel Duigou






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