Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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L’intelligence de la Résurrection
 

5/4/14

L’évangéliste Jean écrit plus de cinquante ans après la crucifixion de Jésus. En mettant en scène ce retour à la vie de Lazare, il nous invite à entrer dans l’intelligence de la Résurrection. La force de son récit s’explique par une grande pertinence psychologique dans le jeu relationnel entre les différents acteurs du drame (Jésus, Lazare, Marthe et Marie, les disciples, etc.). En prenant appui sur ce réalisme existentiel, il développe un véritable cours de théologie. Lazare, ce pourrait être l’un d’entre nous, dans une situation où la mort l’emporte sur la vie : prisonnier dans un « tombeau » fermé par une « pierre, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire ». Un mort-vivant, en quelque sorte. Mais comment est-ce possible ? Dans le récit, l’évangéliste avance une réponse ou nous laisse l’imaginer.

D’une part, Lazare est dans une position passive, comme s’il subissait la situation (un état de mort) – avec en fait sa complicité, en se laissant faire… D’autre part, ses interlocuteurs (la famille) sont en revanche très actifs, même trop : Marie et Marthe l’entouraient de leur affection au point peut-être de l’étouffer. Lazare ne serait-il pas « mort » d’un excès d’amour, l’empêchant de prendre sa liberté et de vivre sa propre histoire ? D’exister par lui-même ?

Dans le même sens, pour compléter cette approche psychologique qui participe à la compréhension de l’humain, la parole de Jésus souligne à la fois la situation de dépendance (d’assujettissement) dans laquelle sont plongés les protagonistes du récit et la possibilité pour chacun de s’en défaire : « Déliez-le et laissez-le aller. » Ce qui a tué Lazare, c’est peut-être cette impossibilité d’acquérir son indépendance (son individuation) par rapport à sa famille d’origine et de créer sa propre famille. Il a préféré ne pas couper les liens de son enfance de peur de perdre la sécurité de son passé, de peur aussi de prendre le risque de l’aventure, celle de l’adulte, de l’altérité. Lazare a été aimé et il s’est aimé d’un faux amour dans lequel l’autre – dans son autonomie d’être, c’est-à-dire dans son propre désir – n’a pas de place.

Jésus vient libérer Lazare en lui rendant sa liberté. Mais ce qui libère Lazare, vraiment, c’est cette parole qui lui est adressée : « Viens dehors ! » Plus exactement, c’est le vrai amour qu’il entend dans cette parole de Jésus qui le rend à lui-même. Cet amour lui donne l’envie, le désir de s’aimer en allant rejoindre l’autre pour effectivement, en vérité, l’aimer à son tour. Il est entièrement là, le miracle, celui de l’amour qui libère l’individu en l’inscrivant dans une relation qui provoque la nouveauté de l’être, l’ouverture de l’être au temps et à l’autre comme nouveaux partenaires du désir et de l’accomplissement de l’humain. Lazare s’en va, sans se retourner, vers l’autre. Il est guéri. Le salut ?

Jean écrit un véritable cours de théologie à partir d’une prise en compte de l’humain de l’homme. Il l’annonce d’emblée en précisant dans la bouche de Jésus, à propos de la maladie de Lazare : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » L’évangéliste revient sur l’idée que Jésus est « lumière du monde » en s’interrogeant sur le jour qui dure « douze heures ». Jean parle en fait de la parole de Jésus, une parole qui fait sortir l’homme de son propre despotisme (les psychanalystes évoqueraient l’inconscient) – une notion qui s’associe avec la symbolique de la nuit – pour qu’il accède à une liberté lui permettant de naître à lui-même – cette seconde notion s’associe cette fois à la symbolique du jour. La parole de Jésus sépare en l’homme le jour de la nuit, ainsi qu’il est écrit dans le texte de la Genèse : à la création du monde, Dieu, par sa parole, sépara déjà le jour de la nuit. Dans le récit de la réanimation de Lazare, elle délivre son ami parce qu’elle opère une séparation dans sa réalité psychique entre lui et les autres, entre hier et demain, entre l’histoire des autres et sa propre histoire qui reste à construire. La parole de Jésus est alors parole de Dieu parce qu’elle participe à la réalité du fonctionnement de l’homme en faisant advenir en lui les conditions de la vie tout en respectant sa liberté, plus exactement en la suscitant afin qu’il devienne le sujet de son histoire, l’auteur de son destin. En cela, elle est Amour. La parole que Jésus adressa à Lazare le révéla aux yeux de ses disciples comme le Fils de Dieu, à la lumière de Pâques.

DUIGOU Daniel






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