Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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L’évangile du dimanche : Le Royaume et sa justice
 

Dans la Bible, la richesse est signe de la bénédiction de Dieu. Mais les responsables de la crise financière actuelle tout autant que certains prédicateurs chrétiens n’avaient sans doute pas compris que l’idolâtrer ne garantissait pas des lendemains qui chantent. Face à la tentation d’idolâtrer l’Argent, « mauvais maître mais bon serviteur », de lui attribuer une fonction indue, celle d’un trésor qui accapare le cœur de l’homme (Mt 6, 21), le Sermon sur la montagne présente une autre voie, la quête du Royaume de Dieu et de sa justice.

Elle arrive après deux séquences à partir desquelles nous pouvons préciser le sens de « la justice du Royaume ». La première porte sur les pratiques de piété que sont l’aumône, la prière et le jeûne. Elles sont mises en question à partir de la notion de justice. Plus précisément, la notion de justice utilisée au sujet de l’aumône explicite un état d’esprit qui est ensuite repris pour la prière et le jeûne. Ainsi, pour la pratique de l’aumône : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux. » L’idée d’une justice pour se faire valoir est opposée à la justice qui plaît à Dieu, selon laquelle « quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ».

Nous retrouvons cette idée d’une justice pour se faire valoir opposée à celle qui plaît à Dieu à propos de la prière et du jeûne. Au lieu de « prier comme les hypocrites (…) afin qu’on les voie (…), prie ton Père qui est là, dans le secret » (Mt 6, 5-6). Au lieu de jeûner « comme le font les hypocrites (…) pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent (…), que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret » (Mt 6, 16). À l’idée d’une justice pour se faire valoir, le Sermon sur la montagne oppose donc une justice qui plaît à Dieu, une justice qui se pratique dans « le sanctuaire de la conscience » où est accueillie et développée la relation à Dieu. Faudrait-il pour autant en conclure que dans le Sermon sur la montagne, la quête du Royaume et de sa justice relèverait du secret, qu’elle serait invisible aux hommes ?

L’autre séquence du Sermon sur la montagne développe une compréhension plus horizontale de la justice qui plaît à Dieu. Elle équilibre ainsi une idée jusqu’ici très verticale ou très intérieure. Chercher le Royaume et sa justice, c’est renoncer à insulter mon frère plutôt que de me contenter d’obéir au commandement de ne pas tuer (Mt 5, 22). Chercher le Royaume et sa justice, c’est laisser mon offrande présentée à l’autel pour aller d’abord me réconcilier avec mon frère à qui j’aurais commis du tort (Mt 5, 23-24). Chercher le Royaume et sa justice, c’est chercher à me réconcilier avec mon adversaire avant que l’affaire soit portée au tribunal (Mt 5, 25)… Le sens de la justice ici déployé correspond à la tradition biblique selon laquelle la pratique de la justice consiste à rendre à chacun la place qui lui revient.

Le Sermon sur la montagne présente ainsi la quête du Royaume et de sa justice comme une dynamique qui donne sa chance à celles et ceux qui n’ont pas de place en raison de leur position dans une société rigide, de leur situation de vie, des déboires qu’ils ont pu rencontrer. D’où la pratique de l’aumône. D’où aussi la pratique de la réconciliation avec les autres, selon la miséricorde de Dieu, présenté dans Isaïe 49 sous les traits féminins d’une mère qui ne peut oublier son enfant. La miséricorde de Dieu est le seul de ses attributs au sujet duquel l’Évangile parle de perfection : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? (…) Si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? (…) Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 46-48).

Alors que l’enfer produit par l’excès d’argent, ses modes, ses courtisans et ses règlements de comptes ne garantit rien pour l’avenir sinon beaucoup de violence, la confiance raisonnée dans le Royaume et sa justice à laquelle Jésus nous appelle, lui qui en connaît le prix, se présente de façon assez crédible comme les conditions nécessaires pour envisager plus paisiblement ce que sera le lendemain… Même s’il ne chante pas.

PICART François

1/3/14 - (la Croix)






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