Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


L’appel à vivre la création, sans calcul
 

L’appel à vivre la création, sans calcul

12/7/14 -

Jésus prend du recul en montant dans une barque pour s’adresser à la foule. Une barque qui, sous la plume de Matthieu, peut signifier l’Église naissante qui enseigne et qui rencontre ses premiers échecs. Aujourd’hui, à nous aussi de prendre du recul pour décoder ce passage de l’Évangile, et son style. Jésus s’exprime en faisant appel à des paraboles. Le principe est de laisser libre l’auditeur d’y trouver un sens en fonction de sa propre histoire ; il y a là un jeu de comparaisons – ou d’associations – qui permet de faire jouer son intelligence à partir de son expérience de la vie. Le sens de la parabole, dit et pensé par Jésus, n’est pas enfermé dans le texte ; il trouve un prolongement chez l’auditeur qui en devient, à son tour, l’auteur pour lui-même. Selon la pensée hébraïque, le sens reste ouvert au-delà du texte et continue de s’inventer au-delà de l’auteur.

Prenons encore un peu plus de recul. En mettant en scène un semeur, des grains, de la terre et surtout – ce qui est l’objectif – la production de fruits, la parabole proposée par Jésus inscrit le sujet auditeur dans la problématique de la création. Au fond, le personnage principal de la scène décrite par Matthieu n’est pas Jésus, mais celui à qui il s’adresse, c’est-à-dire l’auditeur. L’action principale, semer, ne se limite pas à un acte intellectuel, l’enseignement (ou la transmission) de la Parole, mais vise la production de fruits, c’est-à-dire la participation à la création dans un sens qui n’est pas seulement poétique. Elle concerne tous les aspects de la vie, du politique au culturel en passant par l’économique et le social. L’actualité de cette Parole créatrice est aujourd’hui d’autant plus forte que le monde est en plein bouleversement et qu’il doit s’inventer ou mourir.

Mais on peut encore aller plus loin en entrant dans la sphère de la spiritualité de l’action et de la mystique : au-delà de la peur de l’échec, l’essentiel est de connaître le bonheur de créer, de vivre cette formidable aventure, et de vivre ainsi de l’amour de Dieu. Ici, pas d’obligation de résultat. Ce dernier ne dépend pas du semeur ; à lui d’agir en vivant de la Parole, sans se décourager, car il sait que Dieu fera le reste.
En développant la parabole du semeur, Jésus appelle l’homme à créer la vie en participant à la symphonie de la création, selon ses propres talents, en faisant de sa création un acte d’amour et en allant jusqu’au bout de son désir d’aimer. Sans calculer. Sa participation à la création étant son acte de foi. Son eucharistie.

La crédibilité de la parole de l’Église passe aujourd’hui par sa capacité à interpeller le monde face au défi de l’avenir, à inventer le sens comme partenaire dans l’aventure du futur, à manifester son enthousiasme à participer à la création d’un nouveau monde pour le bonheur d’un homme toujours en devenir, et, donc, à interpréter sans peur la parabole du semeur.

DUIGOU Daniel






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