Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


L’action est foi
 

11/4/15

Ce texte de Jean sur le doute de Thomas a comme trame invisible un mouvement, celui de l’agir. La problématique est simple, si j’ose dire : comment avoir la foi dans le Ressuscité sans avoir de preuve ? La réponse est signifiée par une mise en mouvement de l’être qui s’inscrit dans les mots et qui renvoie à l’idée maîtresse de l’évangéliste : c’est en entrant dans le mouvement de la création que l’homme entre dans celui de la foi. Autrement dit, l’action est (source de) foi. C’est le « croire » qui met le disciple en marche et qui lui permet de « voir ». Aujourd’hui, l’absence de Jésus, loin d’être un handicap, est une chance.

Le premier mouvement est celui du Christ : « Jésus vint. » Derrière cette affirmation, il y a ce Dieu qui va à la rencontre de l’homme jusqu’à s’incarner en lui pour le délivrer de la culpabilité. C’est toujours lui qui prend l’initiative de « parler » à l’homme à travers son histoire et qui prend les moyens de la rencontre sans priver l’homme de son libre arbitre. Dès lors, il appartient à ce dernier de prendre la parole et de répondre à son tour en allant vers Dieu.

Le second mouvement est celui de l’homme en action. Trois fois, l’évangéliste met dans la bouche de Jésus l’expression : « La paix soit avec vous ! » Il nous indique par là qu’elle est une clé interprétative. Mieux, que la compréhension de l’événement (la rencontre de Thomas avec le Ressuscité) ne peut que passer par un acte interprétatif. Dans sa conclusion, Jean insiste d’ailleurs sur l’idée que son Évangile est le « livre » de la foi et qu’il est composé essentiellement de « signes ».

Le mot « paix » ne nous introduit pas dans un état (magique) mais dans un mouvement (ou une mise en mouvement) : la paix est à faire, ou à recevoir, dans un agir qui projette l’homme dans un à-venir. La paix vient de Jésus, elle est une promesse. Plus : c’est en vivant à la suite de Jésus, en devenant son disciple, en partageant le pain et le vin de l’amour comme lui, que l’individu trouve la paix. En vivant le Christ dans l’aujourd’hui de son histoire.

Au départ, l’homme est divisé. À cause de ses multiples désirs et de ses résistances à ces mêmes désirs qui lui font peur. C’est en lui un combat contre lui-même, un combat qu’il exporte parfois à l’extérieur en impliquant des personnes qui n’ont rien à voir avec son histoire (les combattants de Daech en Syrie sont un exemple tragique et même monstrueux). Il entre alors en guerre contre ses proches et, au-delà, contre la société. Le processus est tel qu’il peut devenir un étranger à lui-même. Mais Jésus connaît cette épreuve humaine (la traversée du désert) : il invite l’individu à se mettre en mouvement. Il envoie ses disciples sur les routes de Galilée, pour faire la vérité, annoncer l’avenir du possible et vivre de l’Esprit. Ainsi, Jésus ouvre le chemin de la responsabilité et celui de la confiance, celui du choix qui implique une perte et celui de la préférence qui implique de concentrer son énergie sur un seul but, la vie.

En lui demandant d’agir, Jésus pousse l’homme à choisir entre le désir de vivre et celui de mourir, de mettre son désir de mourir au service de la vie. C’est ce que fit Jésus dans sa manière de vivre et d’être en relation avec ses proches ; c’est ce qu’il proposa à ses disciples en les invitant à le « suivre » jusqu’à la croix. Le pardon étant sans doute l’expression même de l’unité acquise par une personne dans ce mouvement de la vie et pour la vie : il suppose un accord fondamental avec soi-même. C’est cet agir pour la vie qui permet à l’homme de trouver son unité et, par là même, la paix. Un mouvement qui implique un changement de paradigme qui conduit à l’homme nouveau (voir Ep 2, 14-17) : passer du simple échange au don. L’agir lui sert alors d’expérience qui fait signe ; la confrontation avec le réel lui permet d’interpréter la figure du Jésus terrestre et le conduit à la révélation de Dieu, au même titre qu’un miracle, sous l’action de l’Esprit.

« Avance », dit Jésus à Thomas. « Avance », lui répète-t-il encore. Jésus nous adresse ce même appel : « Avance » (dans la connaissance de la vie qui est celle de l’amour), à la seule différence que, pour nous, seule l’interprétation par le biais de l’expérience peut nous conduire à la foi. Cette interprétation suppose à un moment donné un saut (Kierkegaard) dans la foi, au-delà de la question de la preuve, comme acte de liberté impliquant entièrement la personne et faisant d’elle un sujet.

La foi est un don ; elle est l’expression suprême de notre désir de vivre dans le souffle de l’Esprit. Elle est l’acte d’amour qui implique notre ouverture à l’autre (l’Autre) et qui nous sauve.

DUIGOU Daniel






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