Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


L’Appel
 

24/1/15 -

L’Appel de Jésus est souvent choisi, et avec raison, lors des ordinations de prêtres. Mais, relayé par ce passage de l’Évangile de Marc, il s’adresse aussi, et d’une façon générale, à tous les hommes, en vue du baptême. Il se trouve que dans le contexte des récents et tragiques événements à Paris, cet appel prend une résonance exceptionnelle.

Après les massacres, la mobilisation. Après l’émotion, la réflexion. Après le rassemblement, l’action. Les événements qui ont endeuillé la France et la liberté ont montré la fragilité de l’homme et celle des sociétés démocratiques face à la barbarie. Alors que les exploits de la science et des nouvelles technologies tendent à faire croire aux individus que l’homme arrive au sommet de sa puissance, la réalité leur rappelle que l’humanité n’est peut-être qu’au début de son histoire.

La force de l’Évangile d’aujourd’hui est de s’inscrire, au-delà des siècles qui nous séparent de sa rédaction, dans cette même urgence : l’homme est à construire. Jésus n’appelle pas Simon, André et Jacques pour créer une nouvelle religion, un parti politique ou un syndicat. Il convoque ces pêcheurs vis-à-vis d’eux-mêmes, dans ce qui fait l’essentiel de leur aspiration à vivre : être au service des hommes.

La force de l’Évangile est ensuite que le lecteur, prêtre ou pas prêtre, ne peut pas ne pas se sentir lui aussi appelé. Il ne peut pas ne pas se sentir concerné par cette urgence dans ce qui fait sa vie d’aujourd’hui. Jésus n’appelle pas seulement des candidats à la prêtrise pour être prêtre, mais d’abord des hommes pour être « homme ». Le programme est clair : « Le règne de Dieu est tout proche.

Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Il s’agit, dans un « ici » (en Galilée, là où tout commence pour Jésus, et où tout finit) et un « maintenant », qu’ils deviennent d’abord « homme » dans leur humanité. Et ils le deviendront en quittant leur position tranquille et confortable pour marcher à la suite de Jésus et annoncer le règne de Dieu à tous les hommes, dans un aléatoire (une vie d’errance dans la mesure où elle se laisse interroger par les événements) qui les exposera à leur propre humanité. Il n’y a pas l’homme d’un côté et Dieu de l’autre, des clercs d’un côté et des non-clercs de l’autre : Jésus propose aux uns et aux autres de devenir d’abord des hommes en le suivant, c’est-à-dire en prenant leur responsabilité, en ne distinguant pas leur existence de l’avenir des autres hommes, et, ainsi, en devenant comme lui des fils de Dieu.

En invitant Simon, André et Jacques à se convertir, il ne leur demande pas de devenir quelqu’un d’autre, mais, au contraire, de s’accomplir dans ce qu’ils sont, complètement. En les invitant à croire, il ne leur demande pas de s’échapper de leur réalité, mais, au contraire, d’investir le réel de l’homme et vivre encore plus l’homme dans ce qui les anime profondément et fondamentalement. Et c’est ainsi qu’ils annonceront le règne de Dieu.

En fait, le récit de Marc met en scène un événement dans l’événement. Il est précisé que Jésus les « vit ». Dans le début de l’Évangile de Marc et jusqu’à cette rencontre, Jésus est dans une position passive. Mais, lors de la rencontre, le lecteur l’entend pour la première fois dire « je » en exprimant un « vous ». Jésus est alors dans une position active ; il provoque cette même position chez ses interlocuteurs. La rencontre fait surgir le Sujet chez l’être. Nous ne sommes pas dans une scène écrite d’avance ; Jésus éprouve l’humain dans sa chair et révèle cet humain chez l’autre dans l’immédiateté de la rencontre. Il est déjà là, le règne de Dieu, dans l’imprévu de l’humain qui se révèle grâce à Lui.

Le lecteur ne peut donc qu’être bouleversé par l’Appel de Jésus, au point d’en être déstabilisé dans sa propre histoire, dans son essentiel qui fait l’urgence de sa vie et de son époque. En assistant comme au théâtre à l’événement, il sait déjà ce à quoi va impliquer l’Appel chez les disciples, et donc dans sa propre vie ; il est déjà dans l’après-rencontre, au moment où, lors de l’arrestation et de la mort de Jésus, ces mêmes disciples vont devoir assumer leur choix. Il prend conscience du prix de sa liberté que lui révèle l’Appel. Jésus ne l’appelle pas à choisir entre être prêtre ou n’être pas prêtre, mais entre croire ou ne pas croire que le Règne de Dieu vient.

Le baptême est à vivre pour tout citoyen qui l’a reçu, engagé dans l’histoire de l’humanité et dans sa vocation à vivre l’homme dans le Christ. Prêtre ou pas prêtre, nous sommes d’abord appelés à vivre l’homme dans son humanité, pour vivre le règne de Dieu.

DUIGOU Daniel






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