Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Irons-nous au désert avec lui ?
 

Etonnant saint Marc ! En apparence, il ne révèle rien. Il exprime pourtant l’essentiel. Surprenant saint Marc, Jésus vient d’être investi de tout ce que le Père des cieux désire pour Lui. Le voici conduit au désert par l’Esprit afin d’être tenté par Satan. Le condensé du mystère du Christ nous est offert en trois versets, tandis que nous prenons en Église le chemin du Carême. L’évangile de notre dimanche se veut dépouillé, sobre, concis. Comme pour ne pas perdre de temps et de souffle. Comme pour mieux nous centrer sur le visage du Bien-Aimé. Lignes décapantes ! Dramaturgie divine dans laquelle toute la Trinité est présente. Jésus envoyé en mission ! Il importe au Père que le Fils signifie sans tarder de quel amour il vient sauver les hommes.
Comme le souligne Benoît XVI, « le parallèle avec Adam est saisissant. Le désert, image opposée à celle du jardin, devient lieu de la réconciliation et du salut ». Le loup serait donc séduit par l’envoyé de Dieu au point de consentir habiter avec l’Agneau ? Satan rôde et veut régner, mais les anges servent la Seigneurie de l’amour. Tel est notre Dieu. Pour nous dépouiller du vieil Adam qui veut garder son empire en nous, Jésus en personne affronte l’épreuve du lieu de la soif. Quand, dans nos communautés, nous chantons allègrement :« Seigneur, avec toi nous irons au désert, poussés comme toi par l’Esprit »,mesurons-nous la portée intérieure de l’hymne ? Sommes-nous disposés à ce retournement vivifiant ? N’oublions pas que Satan n’en est pas à sa première ni sa dernière « promenade sur la terre », selon sa propre expression dans le Livre de Job. Or, que lui importe-t-il concernant les états d’âme de Job envers Dieu ? Son seul tourment tient en ces mots : « Est-ce gratuitement que Job servira Dieu ? » Satan aimerait tant que Job lâche Dieu quand tout vacille. Satan désirerait tant que notre intérieur marchande avec le Seigneur.
La traversée du désert par Jésus n’est pas accessoire. Elle s’inscrit pleinement dans le dessein d’amour de Dieu pour l’humanité. Aucun combat de l’homme, le mieux intentionné, ne peut se gagner contre le Diviseur sans prendre source dans le combat christique. En vivant l’épreuve, Jésus partage nos faiblesses, mais ne consent à rien du péché. Il nous ouvre le Chemin. Qu’irions-nous faire au désert si nous ne prenions appui que sur l’illusion de notre invincibilité ?
Le désert n’est pas un esthétisme de notre foi. Il est le lieu où se fait la vérité ! En ces semaines où la bioéthique est revisitée de façon vertigineuse, irons-nous au désert avec Jésus entendre du Seigneur ce qui est bon pour l’homme ? Consentirons-nous à affronter la complexité de ces domaines afin d’y faire le juste discernement ? Le pape François donne un repère : « La technique, bien orientée, peut produire des choses réellement précieuses pour la qualité de vie de l’être humain. Mais elle peut aussi nous donner un terrible pouvoir. Voire une emprise sur l’humanité. »
Le Carême nous fera-t-il descendre à la profondeur de ces choix ? Ou, tel Pilate, les abandonnerons-nous lâchement à d’autres ? Il est, bien sûr, de nombreux autres domaines existentiels dans lesquels le Seigneur aspire nous rénover de l’intérieur. Ne l’entendons-nous pas nous dire que les temps, déjà, sont accomplis et pourraient se déployer en nos vies ?
Finalement, quand on y regarde bien, tous les protagonistes du Carême sont là dans le récit de Marc : le Christ, si proche et bouleversant ; Satan, l’ami qui ne reste jamais jusqu’au bout ; les bêtes sauvages déjà dans la louange ; les messagers célestes voués à glorifier Jésus… Il ne manque plus que toi que la Parole veut toucher. Ton cœur s’ouvrira-t-il à la grâce ?

Père Bernard Podvin






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