Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Il m’a ouvert les yeux
 

29/3/14

Comme il serait confortable de pouvoir expliquer la malédiction qui s’abat sur l’aveugle-né ! Cherchons bien, il a forcément péché, lui ou ses parents. Sa cécité l’aliénera jusqu’à la fin de ses jours. Nous voici rassurés. Cette hypothèse ne lèvera pas seulement notre angoisse, mais nous dispensera de solidarité envers ce non-voyant. Il n’a que ce qu’il mérite. Ah ! Si Jésus pouvait confirmer le diagnostic. Décidément, les disciples n’ont ici rien à envier aux pharisiens. Dire qu’ils sont des intimes du Christ ! N’ont-ils donc pas perçu que leur Maître est venu inaugurer un monde nouveau ? N’ont-ils pas compris que Jésus réfute les conclusions maléfiques qui enferment le destin de quelqu’un dans la ténèbre ? Christ est Lumière. Il transcende ces étroitesses. L’important pour lui est que la bonté de Dieu se manifeste en cet homme, comme en toute personne blessée par la vie, et cherchant authentiquement le soleil d’éternité.

Nous sommes en plein sabbat ? Mais depuis quand le bien serait-il contradictoire avec la profondeur de la prière hebdomadaire ? Que la lumière soit en cet homme ! Ce n’est pas offenser le sabbat, mais au contraire l’honorer. La puissance de l’amour est libre du temps et de l’espace. Quand Jésus guérit, il ne diffère pas le don. Réaliser la volonté de son Père est sa seule joie. Avez-vous remarqué avec effroi le comportement des pharisiens dans l’Évangile de ce dimanche ? Ils vont de convocation en convocation. Pour convoquer, ils sont très forts. Mais cette sécheresse de jugement les fait passer à côté de l’essentiel : cet homme était dans la nuit et il voit. Plutôt que de le congratuler, et de louer le ciel avec lui, ils pinaillent avec scepticisme : « Comment peut-il voir à présent ? » Qu’est-ce donc que la religion rabat-joie vis-à-vis du bien venu d’en haut et qui soigne l’homme ?

Le bon sens de l’aveugle guéri déconcerte ses juges : « Si cet homme ne venait pas de Dieu », m’aurait-il procuré cette grâce ? L’attitude des pharisiens est dérisoire. Ils espèrent garder pouvoir sur la lecture des événements en usant d’intimidation envers les parents de l’aveugle. Ils sont docteurs de la Loi et ne saisissent pas que Jésus est au milieu d’eux pour une grande « remise en question », selon ses propres termes. En lui, toutes les catégories sont renversées. Ceux qui se croyaient clairvoyants se trouvent aveuglés par leur certitude. Ceux qui avouaient humblement ne pas voir le chemin, se convertissent au Christ. Plus de deux mille ans de christianisme ne nous ont pas encore immunisés de cette terrible tentation de stigmatiser autrui. Enfermer un frère dans sa destinée « nous va bien ». Nos communautés ont encore à progresser dans l’accueil de l’autre comme quelqu’un que le Seigneur regarde en croissance, et non en figeant son devenir dans l’abîme. Le Saint-Père nous demande cette pédagogie d’espérance. Aux antipodes de toute complaisance avec la médiocrité, cette voie pastorale est étroite, mais, ô combien, source de vie. Le « qui sommes-nous pour juger ? » s’accompagne toujours chez le pape François du « que faisons-nous pour que le frère grandisse ? ». Il est essentiel que nos paroisses se fassent piscine de Siloé ! Accueillant chacun de nos contemporains. Posant, avec la délicatesse du Christ, la boue de la compassion sur leurs yeux brûlés par les idoles d’aujourd’hui. Les invitant à se laver dans l’eau qui revivifie. Pour mieux voir Dieu en chaque frère et chaque frère en Dieu, il faut consentir à quitter ce rythme infernal. Saint Anselme nous conseille : « Pénètre en l’oratoire de ton âme. Chasses-en tout, excepté Dieu et ce qui peut t’aider à le trouver. Puis, porte close, cherche-Le. »

PODVIN Bernard






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP