Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Être ou ne pas être propriétaire du monde
 

4/10/14 -

L’évangéliste Matthieu déroule son évangile avec en toile de fond le texte de la Genèse. Dieu est Celui de la création qui invite Adam et Ève, les hommes et les femmes, à devenir co-créateurs, à participer à l’avenir de l’humanité, et dans ce sens, à entrer dès maintenant dans le royaume de Dieu. Et vivre le salut. C’est dans ce mouvement qu’il s’agit de comprendre la parabole des « métayers révoltés ».
Le propriétaire invite ses collaborateurs à faire fructifier la vigne pour qu’elle donne des fruits. C’est un appel à entrer dans la logique de l’engendrement ; c’est d’ailleurs cette participation qui permet à l’homme de naître à lui-même en tant que sujet d’une histoire.

Le drame, dans cette parabole, c’est que les vignerons s’approprient la terre. La violence qu’ils exercent à l’encontre des serviteurs du propriétaire renvoie à leur refus d’un droit à l’autre et, par là même, de la loi. Une violence qui conduit à la mort de la vigne, comme le suggère « le chant du bien-aimé à sa vigne » (Is 5, 1). Une violence qui, in fine, se retourne contre eux-mêmes. À leur attitude, s’oppose celle du fils du propriétaire, qui se montre en quelque sorte coresponsable : il entre dans la logique de l’engendrement qui est celle de la vie ; il reçoit la vie et la transmet.

Il est intéressant de voir que Matthieu reprend la parabole – à partir d’une source commune à Marc et à Luc – en montrant que le refus des métayers se répète, quels que soient leurs interlocuteurs. En prenant la place du maître, dans une pulsion d’emprise et de maîtrise absolues, ils deviennent comme fous : ils ne pensent plus, mais agissent selon une force qui les dépasse et les amène à répéter leur geste insensé. Une situation psychologique qui met en évidence un fonctionnement aberrant qui se retourne contre eux alors qu’ils pensent ainsi être plus forts. Pas de loi sauf la leur, pas de limite à celle-ci, et c’est l’envie de détruire qui l’emporte suivie de la mort.

Jésus interprète la parabole qui est d’ailleurs plus une allégorie dans la mesure où, assez explicitement, elle nous renvoie à son destin de Fils. En rappelant l’image de la « pierre angulaire », il parle de lui et évoque la relation qui l’unit à son Père et qui passe par le don dans un mouvement de dessaisissement de tout pouvoir. C’est elle, le fondement de l’humain, la source de l’engendrement, le commencement de l’histoire, l’origine de la vie. Fils, il se fait serviteur ; il appelle ses disciples ses amis.
Cette parabole, comme toutes les autres, n’a d’intérêt que si elle nous permet de nous interroger aujourd’hui sur nous-mêmes. Nous en tant qu’individus engagés dans une histoire. Nous en tant qu’Église, peuple de Dieu, en charge de la parole qui donne la vie. Notre « aujourd’hui », c’est un monde en plein bouleversement, où l’humanité est obligée de changer ses codes sous peine de disparaître, de trouver de nouveaux mots pour dire la vie alors que le sens des mots a changé.

À la lecture de la parabole des métayers révoltés, l’Église ne peut pas ne pas s’interroger sur sa posture face à ce monde. L’institution se considère-t-elle son propriétaire, sûre de savoir pour lui par où passe l’avenir de l’homme ? Ou bien, porteuse de l’espérance du Dieu que Jésus nous révèle, est-elle prête à retrousser ses manches et à se mettre au travail pour chercher et inventer avec les hommes et les femmes de ce siècle un nouveau chemin d’humanité ?

Le synode sur la famille qui se tient à Rome du 5 au 19 octobre est pour l’Église un rendez-vous avec le monde. L’institution va-t-elle se mettre à son écoute ? Entendra-t-elle les souffrances et les aspirations des nouvelles générations – ce qui suppose que, comme toute institution, elle remette en cause sa grille de lecture ? Ou bien, pour sauvegarder une illusion de pouvoir sur les choses de la vie, va-t-elle refuser le dialogue ?
Réenchanter la vie, c’est le défi qui se présente à elle, dans l’annonce de l’Évangile à toutes les femmes et à tous les hommes de notre temps. Il appelle de sa part un acte de foi et de gratuité. Sinon, et la parabole est en cela un avertissement, le royaume de Dieu lui sera enlevé ; le peuple de Dieu est celui qui entend Sa parole et porte des fruits.

DUIGOU Daniel






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