Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Ecouter Dieu jusque dans son silence
 

8/3/14

Jésus a été tenté. Cette donnée néotestamentaire ne fait aucun doute. Mais qu’est-ce que cela veut dire et sur quoi cette tentation a-t-elle porté ? Un certain nombre de textes ne donnent aucun détail sur le contenu de cette épreuve intérieure comme par exemple l’Évangile de Marc ou la Lettre aux Hébreux. Matthieu, lui, réfléchit à cette question, appuyé sur l’Écriture et en particulier sur le Deutéronome. Dans notre passage, les trois réponses que Jésus donne au Tentateur sont tirées de ce livre où elles sont situées plus précisément à proximité de la confession de foi que chaque juif croyant récite trois fois par jour : « Écoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, est un. Tu l’aimeras… »

Jésus vit de l’écoute. Il s’agit d’une ouverture intérieure à un autre que lui-même, d’une volonté au quotidien de ne pas se suffire à lui-même, d’une confiance en la présence de l’Unique qui appelle à son service pour mener vers son accomplissement la création tout entière. Cette écoute est obéissance concrète à la seule voix qui lui trace de manière fiable le chemin à suivre. Mais comment distinguer cette voix parmi tant d’autres ?
Le lieu où Jésus se trouve est désert. Les influences idéologiques et les publicités religieuses extérieures ne s’y affichent plus. Mais que s’est-il imprimé dans le cœur de l’homme de Nazareth ? Quelles sont les attentes messianiques dont il a entendu parler et qui sont devenues en lui comme des matériaux d’identification possible ?

Le travail de discernement ne consiste pas seulement à faire la part des choses entre la volonté de Dieu et les aspirations psychiques. La voix du Tentateur se glisse dans l’ouverture spirituelle même de l’écoute pour détourner l’attention sur des aspects partiels ou partiaux. La force redoutable des propositions qui sont faites à Jésus se trouve dans la manière d’attirer l’attention sur des détails pour faire oublier le tout.
Ou plus exactement, pour faire oublier Dieu. Bien sûr, il faut manger et donner à manger. Oui, comme le Temple à Jérusalem, le service de Dieu doit être placé au centre de la vie avant toute autre préoccupation spirituelle. Oui, il correspond au dessein de Dieu que l’homme véritable domine la terre avec tous ces royaumes où règnent la violence, le mensonge, la brutalité relationnelle et le désespoir de la mort. Mais derrière ces pistes d’engagements possibles évoquées par le Tentateur se cache un non-dit : à qui doit profiter la manière de procéder ? Qui sera glorifié à travers la mise en œuvre de telle ou telle de ces suggestions : une personne, une institution, une idée humanitaire, religieuse ou politique… ?

Jésus dit non. Non, il ne s’agit pas de forcer l’admiration du peuple. Il ne s’agit pas de répondre aux différentes attentes messianiques point par point : rassasier d’une nourriture périssable, exhiber la confiance en spectacle ou devenir grand aux yeux des nations.
De Moïse il est dit qu’il s’était tenu devant Dieu pendant quarante jours et quarante nuits, sans manger ni boire, car il écrivait les paroles de Dieu. Jésus est comme lui. Sauf que les paroles de Dieu ne sont plus écrites sur des tables mais dans sa chair.

Écouter Dieu jusque dans son silence ? Cette voie est humble. Elle comporte des renoncements. Elle n’a pas d’appui extérieur. En Christ, cette écoute trace dans la chair du monde une attitude nouvelle, celle qui s’était perdue depuis le premier jardin, là où l’écoute de la parole de Dieu a été abandonnée. Jusqu’au bout le Christ ne craint pas d’être méconnu. Sa croix en sera le signe ultime. Elle révélera l’abîme qu’il a fallu traverser pour nous arracher à la surdité et à la dispersion intérieure provoquées par le péché.

VON KIRCHBACH Agnès






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP