Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Disponible à la générosité de Dieu
 

15/11/14

Les talents de la femme du Livre des Proverbes et ceux de la parabole évangélique renvoient à deux réalités différentes de la vie ordinaire. Dans le Livre des Proverbes, les talents sont les dons ou charismes que chacun possède. Chez Matthieu, le terme désigne la monnaie en circulation. Les talents sont répartis équitablement, puisque « chacun selon ses capacités ». Mais chaque talent représente une fortune telle, pour les serviteurs de la parabole, qu’importe peu la différence avec laquelle chacun en est pourvu. Ils renvoient à la générosité de Dieu. La pointe du texte invite ainsi à chercher comment articuler les dons et charismes dont chacun est doté, avec la générosité de Dieu. Celle-ci est sans retour : il donne sa vie, il donne son amour, il donne sa paix, il donne son Esprit. Au plan de sa fécondité, la marge de progression entre ceux qui ont reçu cinq ou deux talents est la même : 100 %. Elle est de zéro pour celui qui en a reçu un. Et Jésus rapporte la fécondité ou la stérilité des talents à la fidélité ou la paresse avec laquelle les serviteurs ont exécuté la mission reçue du maître dans l’attente de sa venue.

La parabole des talents se termine par un jugement. Or, dans la suite du chapitre 25 de Matthieu, la venue du Seigneur est présentée à travers la grande fresque dite du Jugement dernier. Le Seigneur vient en agissant en faveur de celles et ceux avec qui il s’identifie : ceux qui sont malades, affamés, prisonniers, etc. Mais demeure la question du comment. Comment le Seigneur rejoint-il les pauvres dont les ressorts sont cassés par la dureté de l’existence dans les bidonvilles ou autres zones de rétention administrative, les malades anéantis par la douleur sur leur lit d’hôpital ; les prisonniers désespérés d’être oubliés dans les cellules ou les couloirs de la mort ?

Le lien entre les deux textes de l’Évangile de Matthieu permet de préciser comment servir la générosité de Dieu : à la manière dont le disciple de Jésus, qui en est déjà bénéficiaire, se rapporte à la venue du Seigneur. Selon qu’il est fidèle à la mission de la faire fructifier, ou paresseux, ces dons deviennent, ou non, médiation de l’action de Dieu dans l’histoire des hommes. La conversion nécessaire pour se rendre disponible à la générosité de Dieu fournit alors un éclairage à ce raisonnement étrange dans la parabole : « Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance… Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. »

Habituellement, la part la plus faible est présentée comme celle qui nous évangélise. Ici, elle est mise au rebut. L’approche quantitative de cette parabole ayant été écartée, c’est l’idée de gâchis qui émerge, y compris chez ceux qui pensent avoir peu reçu. Car précisément, dans la logique de l’Évangile qui apparaît, par exemple, dans l’épisode de la femme pécheresse, puisque Dieu donne à ceux qui ont montré beaucoup d’amour, ceux qui ont l’impression d’avoir peu reçu peuvent légitimement s’interroger sur l’amour avec lequel ils ont utilisé leurs dons pour faire fructifier la générosité de Dieu.

Ce qui semble intéresser Jésus dans la parabole, les conditions pour rendre fructueuse l’action de Dieu pour le bonheur des hommes, dépend ainsi du lien tissé entre ces trois pôles par ses disciples : l’utilisation des dons et charismes dont chacun est doté, la générosité de Dieu et la mission donnée de la faire fructifier pour « épargner le malheur et donner le bonheur », comme la veuve du Livre des Proverbes. Peu importe la mise de départ. Ce qui compte, c’est la manière dont leur développement profite au « Royaume et à sa justice », c’est de chercher comment nos talents sont rendus disponibles à la croissance de l’amour, de la paix, de la justice et de la fraternité. En s’offrant au travail de l’Esprit, à chacun de réduire en soi la part d’indisponibilité à la générosité de Dieu, pour se reconnaître et s’accueillir les uns les autres, comme médiation de l’action de Dieu dans l’histoire des pauvres, des malades et des prisonniers avec qui le Christ s’identifie en priorité.

PICART François






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