Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Dieu a mal à nos familles !
 

Fernand mendie à la porte de l’église. Nul ne sait dire depuis quand. Les enfants de la paroisse commencent à bien le connaître. À sa grande surprise (et au grand dam de la sacristine !) ils sont venus récemment l’associer aux préparatifs de la crèche de la communauté chrétienne. Quelle émotion pour lui de déballer Jésus de son kraft protecteur. Cette « tâche divine » accomplie, Fernand regarda les jeunes et leur dit avec mélancolie :« Lui, au moins, il avait une famille ! » Deux commentaires fusèrent alors dans le groupe de catéchèse : « C’est le fils de Dieu » et « Fernand, nous, on est un peu ta famille ! »

Cette perle paroissiale peut nous aider à mieux célébrer le mystère de la Sainte Famille. Il n’y a en effet place pour aucune mièvrerie dans cette fête liturgique. Dieu prend l’homme tellement au sérieux que, par son Fils, il veut l’aimer jusqu’au bout.

Ce que vivent Jésus, Marie et Joseph est saisissant de profondeur et d’actualité. Dieu a pris famille ! Il ne peut pas ne pas être proche de nos situations les plus attachantes et les plus fragiles. L’Évangile de Matthieu nous démontre, en ce dimanche, que la route menant le Christ et les siens, de Bethléem à Nazareth, passe incroyablement par… l’Égypte ! Quelle précarité ! À deux reprises, Joseph, le protecteur, se lève et prend l’enfant et sa mère. À deux reprises, l’ange est intervenu pour lui signifier en songe la prévenance du Père envers son Fils incarné. Celui-ci est son Fils bien-aimé en qui il a mis tout son amour.

Dans ma prière, je n’ai aucune peine à imaginer notre Dieu, aujourd’hui, préoccupé par le sort des familles. Meurtries par les guerres, brisées par les séparations, ballottées par le chômage, instrumentalisées par des politiques sociétales dont le relativisme éthique est désastreux, nos familles ont mal. Et Dieu a mal à nos familles !

L’ange du Seigneur n’aurait-il pas parlé trop vite… en annonçant à Joseph qu’ils étaient morts, ceux qui en veulent à l’enfant ? Ce que nous faisons au plus petit de nos frères, nous le faisons à Dieu même. Toute notre foi le proclame. Comment ne pas prier pour nos familles en cette veille de l’an nouveau ? Victor Hugo pensait que la prière est « la sœur tremblante de l’amour ». On prie en effet parce que notre vocation est d’être aimé, et parce que l’on aime. Un théologien disait : « La joie de Noël est forte, car Dieu a épousé la condition humaine. La joie de Noël est sans tapage, car Dieu est venu visiter toutes les solitudes afin qu’elles soient habitées de son extrême tendresse par la grâce de nos visages et le courage de nos gestes. » Ayons donc ce courage !

La cause familiale est une intention spirituelle essentielle. Les funestes projets « hérodiens » ne se conjuguent hélas pas au passé. Le divin enfant et sa Sainte Famille sont encore souvent agressés, malmenés. Tantôt la violence faite aux foyers est tristement objective, comme dans un contexte de guerre. Tantôt, elle se drape des meilleures intentions sociétales dans l’idéologie de l’individualisme. Bénie soit notre liturgie qui nous donne d’ancrer notre devenir familial dans la force des hôtes de la crèche. La mangeoire du nouveau-né est de petite dimension, mais on comprend que Fernand soit ému : car toute l’humanité est conviée en ce Reposoir.

« À la prière de la Vierge Marie et de saint Joseph, affermis nos familles dans ta grâce et la paix ! », dit notre missel. La Sainte Famille, précise l’Évangile, a pris la direction de l’Égypte juste après le départ des Mages. À peine est-elle devenue universelle, grâce à ces témoins venus de loin, que la vie de Dieu en l’homme est déjà menacée ! Ainsi est l’amour. Toujours fragile. Toujours plus fort.

PODVIN Bernard






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