Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Développer l’ophtalmologie du regard pascal
 

17/5/14

Il approche 40 ans. Il est d’une carrure impressionnante que rien ne saurait arrêter. Il a pourtant la larme à l’œil tel un petit enfant. Il vient en effet, de perdre un ami septuagénaire. Il aimait beaucoup se confier à cet homme d’écoute. La mort et les funérailles de ce véritable guide lui ont révélé des dimensions qu’il ne connaissait pas chez ce témoin… Faut-il donc s’en aller par l’ultime chemin, pour commencer à être reconnu à la justesse du regard que le tourbillon de vie permet rarement d’entrevoir ? On regrette si souvent n’avoir pas perçu à temps la profondeur d’autrui. On voudrait retenir son ombre dans la lumière de la vitesse.

« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas Philippe ! » Appelés à tout quitter par le Nazaréen, marchant avec lui sur les routes, partageant son intimité humaine et spirituelle, auditeurs de sa promesse, témoins de ses gestes de guérison, commensaux de son eucharistie, ils n’ont donc pas vu ? Comment peut-on passer à côté de l’essentiel quand on est familiers depuis « si longtemps » d’un hôte tel que Jésus ? Quelle leçon d’humilité pour nous qui nous croyons si vite en parfaite connaissance du Christ, sous prétexte que nous sommes « à jour » de nos adorations, de nos prédications et de nos bonnes actions ?

L’évangile de ce dimanche est doublement bouleversant : voir Jésus, c’est contempler en Lui plus grand que Lui. Et croire en l’œuvre de Jésus, c’est devenir capable de plus grand encore qu’il n’accomplissait ! Sommes-nous prêts à ce double consentement qui n’en fait qu’un ?

C’est parce que Jésus est tout à son Père, et que son Père est tout à Lui, que la foi en leur amour trinitaire permet aujourd’hui encore à l’humble croyant de lever des montagnes d’indifférence. Nous sommes des Philippe. Nos yeux sont encombrés par la routine ou l’amour-propre d’être depuis « si longtemps » avec Jésus. Nous nous surprenons à demander le chemin à Celui qui est le Chemin ! Nous vivons un temps paradoxal. Jamais sans doute n’avons-nous tant été contrôlés, filmés et scrutés par nombre de caméras de surveillance ou de puces électroniques. Or, jamais tant de personnes n’éprouvent le malaise de ne pas être connues et reconnues ! D’où vient ce grand écart ? Qui prêtera attention à leur cri ? Qui voyons-nous réellement en notre frère humain ? Qui voyons-nous en Christ ?

En ce temps pascal, il est urgent de laisser le Ressuscité éduquer notre regard. Voir en Jésus plus que le Nazaréen, mais voir en Lui Celui qui l’a envoyé, est la meilleure des écoles spirituelles qui nous forme à voir notre frère plus grand que lui-même. Et donc à l’aimer infiniment ! C’est la tâche de l’Église : développer l’ophtalmologie du regard pascal ! Éveiller en chacun le regard qui fait confiance.

Quelle est aujourd’hui la quête des hommes ? Les Philippe de ce temps savent-ils ce qu’ils demandent ? Mesurent-ils l’au-delà de leur vision première ? Le Père a désiré que son Fils soit chemin pour l’homme en marchant sur les routes de Galilée. Le Père veut que l’homme vienne à Lui par le Chemin du Ressuscité. Qui Le voit voit le Père ! Un jour viendra où nous parlerons peut-être comme sainte Jeanne de Chantal : « Ce n’est plus moi que je dois regarder. Je puis marcher yeux clos, appuyée sur mon Bien-Aimé, sans vouloir ni voir ni savoir le chemin par où il me conduira. Demeurer simplement reposée en Lui. » D’ici là, nous nous surprendrons encore trop souvent à dire avec ingratitude à notre Seigneur : « Montre-nous le Père. Nous ne savons même pas où tu vas ! » Puissions-nous nous soutenir les uns les autres, et devenir davantage une Église qui invite au Chemin de la Vie. Croyons ce que Jésus nous dit.

PODVIN Bernard






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