Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


De la pureté à la sainteté
 

« Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : ”Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. (…) Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !” Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp” » (Lv 13, 1-2.45-46). Telle était la destinée des lépreux selon la loi de Dieu consignée dans le Livre du Lévitique. Ils étaient mis à l’écart, au ban de la société, parce que considérés comme impurs et intouchables. Ils ne pouvaient entrer dans une ville ou un village, tout au plus pouvaient-ils mendier à la porte.
Lorsqu’on accepte que la promesse de Dieu est offerte à l’humanité entière, et non pour une partie d’entre elle, alors il apparaît qu’une telle compréhension de la loi de Dieu est clivante. Non seulement elle construit un « mur » (saint Paul) entre le peuple élu et les autres peuples, mais, en outre, à l’intérieur du peuple d’Israël, elle divise à partir des catégories religieuses du pur et de l’impur : les lépreux, les aveugles, les pécheurs publics sont stigmatisés comme impurs et, à ce titre, mis à l’écart. Une telle interprétation de la loi se révèle contradictoire avec l’idéal qu’elle est censée servir : construire une société de justice et de paix. Une telle division entre les hommes ne peut être un chemin vers celui dont le projet est de proposer son amour à tous. Si mur il y a entre les hommes, il ne peut être justifié au nom de Dieu et de sa loi.
À l’inverse, à travers une grande cohérence entre ses paroles et ses actes, Jésus déplace l’interprétation de la loi : il la libère des notions de pureté et d’impureté, alors dominantes, pour la situer sur un autre registre, celui d’une sainteté éclairée par l’amour miséricordieux du Père (Mt 5). En cela, il a abattu« le mur de la haine » entre le peuple d’Israël et les nations : « C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches »(Ep 2, 14-17).
Les paroles et les actes de Jésus ont un effet inclusif porteur de cette paix, quitte à être lui-même mis à l’écart, prêt à subir les conséquences de son comportement. La guérison du lépreux en est une belle illustration : le lépreux qui était marginalisé, peut aller et venir dans la ville. À l’inverse, selon une dynamique qui annonce la Passion, Jésus doit se cacher et rester à l’écart, dans des endroits déserts, portant l’opprobre dont souffrait celui qu’il vient de libérer. « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu » (2 Co 5, 21).
Ce récit de guérison oriente notre capacité de discernement vers les interprétations des « lèpres » qui nous frappent, des situations de fragilité personnelle ou sociale interprétées en termes de fléau et qui sont l’objet de tant de commentaires et d’interprétations : parmi ceux-ci, quels sont ceux qui sont utilisés pour mieux diviser les hommes en diverses catégories et mieux nous opposer les uns aux autres ? Quels sont ceux qui les utilisent pour rassembler au service d’un projet d’une société de justice, de paix et de joie, où chacun aurait sa place ? Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ, c’est lui notre paix !

François Picart(prêtre de l’Oratoire)






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