Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


« Commencer toujours »
 

29/11/14

Une nouvelle année, liturgique, commence et cela n’est pas nouveau ! Chaque année, en effet, l’Avent nous invite à veiller, à désirer, à scruter la nouveauté toujours surprenante de Dieu sans nous laisser disperser par les nouveautés du monde qui ne le demeurent pas longtemps. À vrai dire, la fin de l’année liturgique nous a déjà mis dans cette posture de l’attente, qui est celle de la foi chrétienne, si bien que le calendrier liturgique se présente comme un ruban de Möbius où l’on passe insensiblement d’un côté à l’autre, où plutôt où l’on réalise qu’il n’y a qu’un seul côté, le temps de l’histoire visité une fois pour toutes par l’Incarnation du Verbe et qui nous mène vers sa venue en gloire. L’Avent nous invite ainsi à un discernement, entre ce qui est neuf et ce qui ne peut que vieillir, entre ce qui passe et ce qui demeure, entre les événements et l’avènement.

Dans un monde, où la pollution événementielle risque de tout envahir, de nous divertir et de nous disperser, et cela même dans notre prière, dans la vie de l’Église et de nos communautés, l’Avent nous invite à la vigilance, au sens de l’essentiel, non pas tant à chercher des choses nouvelles qu’à renouveler notre regard, notre écoute et notre cœur, à l’ardeur aussi pour « commencer toujours » comme le disait sainte Thérèse d’Avila. Du 15 octobre 2014 au 15 octobre 2015, l’année jubilaire commémorant le cinquième centenaire de sa naissance (28 mars 1515) ne se veut pas un événement de plus, pas plus que l’Année de la vie consacrée qui s’ouvre avec cet Avent 2014 : la figure de sainte Thérèse et celle de la vie religieuse peuvent au contraire nous dire quelque chose de cette posture de l’Avent, posture de la vie chrétienne.

Le temps du long désir, comme une hymne éponyme le désigne, fait de l’Avent une période qui nous renvoie à nos attentes les plus profondes. Thérèse invite ceux qui commencent à croire en leurs grands désirs. Il n’y a là ni narcissisme ni présomption mais foi en notre vocation divine, foi à la vie belle, foi au salut donné par Dieu. Le risque, poursuit-elle, serait de les rétrécir, de se contenter de peu.

Mais ces désirs sont toujours au-delà de nos petits souhaits et l’espérance à distinguer de nos espoirs. La vigilance chrétienne se joue ainsi dans un double mouvement d’attente et – pour employer un néologisme – « d’inattente. » Il nous faut apprendre à ne pas utiliser le verbe attendre de manière uniquement transitive !

Espérer, c’est être attentif à ce qui advient, savoir discerner la présence du Royaume déjà parmi nous, mais c’est tout autant ne pas rétrécir notre regard, ne pas nous laisser détourner. La vie religieuse, dans sa diversité, témoigne bien de ce double mouvement, d’attestation et de contestation. D’une part, elle atteste de Sa présence, tout spécialement dans l’expérience de la fraternité, dans la vie avec les pauvres et les petits, dans le travail pour la paix et la réconciliation. D’autre part, comme l’indique saint Jean de la Croix (« En quête de mes amours, j’irai par monts et vallées et ne cueillerai pas de fleurs »), la vie religieuse veut écouter, toujours au-delà, avec silence et sobriété la voix toujours inédite de Dieu. La mise en Avent se traduit ainsi par un certain retrait fait d’une écoute et d’une attention nouvelles. C’est « le temps des âmes intérieures » écrivait Élisabeth de la Trinité.

Cette période liturgique assez courte qui s’exprime en termes d’accomplissement et de fruit mûr mais aussi d’attente, de naissance et de promesse nous invite à la patience, à la fidélité ardente et nous éduque au vrai sens de l’urgence et du temps : « Le monde est en feu, il n’est pas question de traiter de choses de peu d’importance », comprenait bien sainte Thérèse. Ainsi avec son défi de l’intériorité et son sens de l’urgence, l’Avent nous conduit au plus profond de nous-mêmes et nous fait travailler à l’advenue du Règne. Sans confusion ni séparation : telle la signature de la grâce.

DEHORTER Guillaume

L’auteur :
La Croix a confié les méditations des grands moments de cette nouvelle année liturgique au F. Guillaume Dehorter. Élu en 2014 provincial des frères carmes déchaux de la province de France, il est diplômé de l’École normale supérieure en mathématiques et fut auparavant le prieur du couvent d’Avon. Avec son équipe, il nous guidera tout au long de cette Année 2015 de la vie consacrée qui sera aussi marquée par le 5e centenaire de la naissance de la grande sainte du Carmel, sainte Thérèse d’Avila.






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