Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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Ce qui caractérise la pensée de l’Église catholique en ce qui concerne l’Eucharistie
 

Eucharistie. Au temple de Chabeuil 22 janvier 2015

Par ces quelques réflexions que je vous propose, je veux exprimer ce qui caractérise la pensée de l’Eglise catholique en ce qui concerne l’Eucharistie.
Pour commencer comme en apéritif, je vous propose une citation, elle provient de la constitution sur la liturgie, un document issu du Concile Vatican II, dont nous célébrons le cinquantenaire, je cite :
« Dans le culte eucharistique qui comporte deux parties principales : la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique (cf. Sacrosanctum Concilium n.56)- l’Eglise célèbre le mystère pascal, en lisant dans toutes les Ecritures ce qui concerne (le Seigneur Jésus) » (Lc 24,27), en célébrant l’eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2Co 9,15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1,12) par la puissance de l’Esprit Saint » (SC n.6) » cité en Inspiration et Vérité de l’Ecriture Sainte, 2014, p. 24
Tout est dit en peu de mots : -Parole et eucharistie sont inséparables ;
- l’eucharistie c’est la célébration du mystère pascal ; - c’est le mémorial de mort et de la résurrection de Jésus ; - c’est une action de grâce à Dieu pour son don ineffable.
J’aurai trois parties : tout d’abord quelques remarques sur le nom même d’eucharistie ; puis des réflexions sur corps eucharistique, corps ecclésial ou les liens entre l’eucharistie et l’Eglise ; enfin sur la présence du Christ à l’assemblée.

- 1)Remarques sur quelques termes
Dans l’Ecriture nous trouvons plusieurs noms pour désigner la réalité que nous appelons eucharistie : - la fraction du pain (Ac 2,42 ; 19, 7 à Troas). Dans le sommaire de Ac 2,42 elle est liée à la communion fraternelle et à l’enseignement des Apôtres. En Ac 19,7 : une précision : « le premier jour de la semaine ». - On parle aussi de repas du Seigneur (1Co 11,20).
Lors de l’institution de l’eucharistie deux termes sont mentionnés pour exprimer une même réalité : bénédiction et action de grâce (eucharistie) ; écoutons le récit de Marc : « Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction (eulogein), il le rompit…puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce (eucharistein), il la leur donna… » (Mc 14, 22-23). Les récits de l’institution jouent avec ces deux termes : « bénir et rendre grâce » ; le geste de Jésus signifie l’essentiel de l’événement : la fraction du pain est une eucharistie (une action de grâce), ce terme va être plutôt utilisé en direction des Grecs. L’eucharistie est une bénédiction, une eulogie, terme qui résonne pour le monde juif. En 1Co 11, Paul recourt à « rendre grâce, eucharistien » pour désigner le geste de Jésus ; en 1Co 10, 16 Paul écrit aux Corinthiens : « la coupe de bénédiction que nous bénissons n’est elle pas une communion au sang du Christ ? » La TOB précise en note : « il s’agit de l’action de grâce prononcée par Jésus voir Mc 14,23// ». Nous voyons apparaître là la mention d’un autre terme pour désigner cette même réalité : communion (koinônia).
Sans éliminer totalement les autres termes, eucharistie va s’imposer, semble-t-il, dès le milieu du 2ème s., l’apologiste Justin en est un témoin. La communauté chrétienne a privilégié ce terme, car il exprime le cœur de son action : « eucharistie signifie : reconnaissance, gratitude, action de grâce…cette action de grâce rejoint la bénédiction qui célèbre les merveilles de Dieu, car ces merveilles s’expriment pour l’homme en des bienfaits qui colorent la louange de reconnaissance » (P.Benoît, VTB 404).
1ère conclusion : l’eucharistie est fondamentalement une action de grâce pour les bienfaits du Seigneur, une bénédiction. Les prières eucharistiques utilisent aujourd’hui l’un et l’autre terme comme équivalents. La fraction du pain est une eucharistie, car elle est une action de grâce offerte au Père par le Christ dans l’Esprit. Au cœur de cette eucharistie nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ.

NB Pourquoi le terme « messe » est-il si souvent utilisé ?
A partir du 6ème s. « missa est » « l’action est accomplie » est attestée comme formule d’envoi de la messe, d’où « missa » va devenir un nom commun, la messe et peu à peu s’imposer pour désigner l’ensemble de la célébration eucharistique qui comprend liturgie de la parole et liturgie de l’eucharistie. L’origine de ce terme souligne le lien entre la célébration de l’eucharistie et la vie. « Allez, la messe est dite, mais tout commence »

- 2)Corps eucharistique et corps ecclésial
L’Écriture lie eucharistie et édification de la communauté dans l’unité. En Ac 2, 42 la fraction du pain est liée à la communion fraternelle. En 1Co 11, 17-34 Paul reproche aux Corinthiens de se réunir dans des conditions peu fraternelles en contradiction avec le sens même de l’eucharistie : « quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car, au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre corps, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre » (v. 20-21), et après avoir rappelé ce qu’il a reçu du Seigneur et ce qu’il a transmis (le récit de l’institution de l’Eucharistie), Paul note : « car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit sa propre condamnation » (v.29). Le discernement du « corps du Seigneur » concerne à la fois son corps eucharistique et son corps ecclésial. Ce dernier, au Moyen Age, était appelé « vrai corps » du Christ, tandis que le corps eucharistique était désigné comme « corps mystique ».
L’évangile selon Jean au ch.13 manifeste le lien très fort entre édification de la communauté dans la charité et eucharistie. Jean ne donne pas le récit de l’institution de l’eucharistie au moment où Jésus entre dans sa passion, il rapporte le récit du lavement des pieds, geste qui édifie la communauté, puisque Jésus dit aux siens : « si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous lavez les pieds les uns aux autres » (Jn 13,15)
Pour exprimer ce lien entre eucharistie et communauté Paul a une expression très forte dans la première aux Corinthiens : ce qui fait la communauté c’est la communion au corps du Christ : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain nous sommes tous un seul corps ; car tous nous participons à cet unique pain » (1Co 10, 16-17). D’où la formule célèbre d’Henri de Lubac, grand théologien catholique du 20èmes. : « L’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église ». Cette expression trouve sa source dans l’Antiquité. Au 3ème s. à Abilène, près de Carthage, lors de persécutions, le lecteur Eméritus, sommé de renier l’eucharistie, répond à son juge : « Renier l’eucharistie c’est renier le Christ et ne sais-tu pas que des chrétiens ne peuvent pas vivre sans messe (eucharistie) ? » Dans les mêmes circonstances, le questeur Félix répond à son juge : « ne sais-tu pas, Satan, que les chrétiens font la messe et que la messe fait les chrétiens, et que l’un ne peut exister sans les autres ? ».
Les Pères de l’Eglise sont unanimes sur ce lien corps eucharistique-corps ecclésial :
Pour Cyrille de Jérusalem, au 4ème s., la finalité dernière de l’eucharistie, c’est la constitution de l’Eglise comme son propre corps.
Augustin, dans un sermon, affirme : « vous êtes ce que vous avez reçu ». Cette réalité nous l’exprimons souvent à Chabeuil par un chant qui dit entre autres à la communauté rassemblée : Devenez ce que vous recevez,
 Devenez le Corps du Christ.


- 2ème conclusion : « Le corps eucharistique du Christ est ordonné à la construction de son corps ecclésial ». C’est en raison de ce lien étroit corps eucharistique et édification du corps ecclésial que l’eucharistie est toujours célébrée par un ministre ordonné à la vie ecclésiale : l’évêque ou un des ses collaborateurs, un prêtre.
- 3) Présence du Christ : dans l’assemblée eucharistique le Christ est présent de multiples manières, mais de façon toute particulière sous les espèces eucharistiques.
Ecoutons un texte du Concile Vatican II, notre boussole, selon l’expression des papes :
« (Pour l’accomplissement d’une si grande œuvre,) le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la Messe, et dans la personne du ministre, "le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix" (20) et, au plus haut point, sous les espèces eucharistiques.
Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise (21). Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis : "Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux" (Matth. 18, 20). Effectivement, pour l’accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s’associe toujours l’Église, son Épouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel ». (Constitution sur la liturgie 7)

Si on ne tient pas compte de ces multiples formes de présence, on ne comprend pas le sens de l’expression « au plus haut point, sous les espèces eucharistiques », c’est ce que nous appelons « la présence réelle ».
La foi en la présence réelle pour les catholiques repose sur la base des affirmations du Christ au moment de l’institution de l’eucharistie la veille de sa mort : « Prenez, mangez, ceci est mon corps »… « Buvez en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude pour le pardon des péchés » (Mt 26, 26-28).
L’identification entre « ceci » et « mon corps » est forte, « réaliste et non simplement allégorique ». « Il y a coïncidence entre le geste par lequel Jésus donne ce pain rompu et ce sang versé et l’action qui le conduit à la mort où son corps va être brisé et son sang versé. Cette coïncidence est intentionnelle et symbolique au sens fort de ce terme » écrit le théologien B. Sesbouë. Jésus est engagé totalement dans le geste de donner le pain et le vin tout comme dans l’acte « de donner sa vie en accomplissement de la mission reçue ». Il donne sa vie sur la croix et nous la transmet par l’eucharistie.

Augustin, dans le Sermon 227 dit : « ce pain que vous voyez sur l’autel, dès qu’il est sanctifié par la parole de Dieu, est le corps du Christ » « vous êtes ce que vous avez reçu »
Au 11ème s. de vives discussions s’élevèrent au sujet de la présence du Christ dans l’eucharistie (à partir d’affirmations notamment de Bérenger de Tours). Certains ne comprennent plus l’affirmation de corps mystique au sens fort pour désigner l’eucharistie. En réponse à cette mise en question on voit alors apparaître « la doctrine de la transsubstantiation, selon laquelle le pain et le vin consacrés changent substantiellement pour devenir le Corps et le Sang du Christ. Cette doctrine est définie par le concile du Latran en 1215, justifiée par saint Thomas d’Aquin (STh IIIa pars, quaestio 75) et confirmée par le concile de Trente (1545-1563) après la Réforme protestante ».
Que signifie substance ?
Pour Thomas d’Aquin, la substance, c’est ce que l’intelligence perçoit d’une matière. Seule la foi peut donner le sens pour l’intelligence du pain et du vin : « pour vous ». La signification du pain et du vin a changé sous l’apparence du non-changement. Il faut comprendre la présence réelle dans un système de relation, c’est une présence dans le cadre d’une relation d’amour, car il renvoie à Celui qui a donné sa vie, on fait mémoire alors de sa mort et de sa résurrection ; après la consécration la liturgie fait dire : nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus ; nous célébrons ta résurrection ; nous attendons ta venue dans la gloire : un passé, un présent, un avenir.
La présence du Christ dans l’eucharistie est sacramentelle c’est à dire un signe efficace qui met en communion des personnes et le Seigneur, et ces personnes entre elles.

« Certains théologiens catholiques, au 20èmess., ont parlé de « transsignification » : Piet Schoonenberg (1911-1999), ou de « transfinalisation : Edward Schillebeeckx, o.p. (1914-2009), tandis que Karl Rahner s.j. et B.Welte ont insisté sur la portée subjective (pour les participants) de la transformation des espèces » (L.Bouyer, Mémoires, notes p. 242-243
3ème conclusion : l’affirmation de la présence réelle ne peut pas être séparée des autres formes de présence du Christ à son Eglise et à notre monde. Elle ne peut prendre sens que pour des croyants.

NB La persistance de la présence réelle dans les espèces consacrées doit être comprise ainsi, selon Paul VI : la fin primordiale de la conservation des saintes espèces dans l’église après la messe est l’administration du viatique (porter la communion à celui qui va mourir comme nourriture pour son ultime voyage ) ; les fins secondaires sont la distribution de la communion en dehors de la messe et l’adoration de Notre Seigneur Jésus Christ présent de façon voilée sous les espèces.

Conclusion  : « L’eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, (elle est en effet, source et sommet de toute la vie chrétienne) n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » François, Evangelii Gaudium, n. 47 Le propos du pape François rejoint une pensée des Pères de l’Eglise bien résumée par saint Ambroise au 4ème s. : « Je dois toujours le recevoir pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je dois avoir toujours un remède » St Ambroise, De Sacramentis, SC 25,87






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