Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Au Christ revient le dernier mot
 

22/11/14 -

Elle n’a pas bonne presse. Pour beaucoup d’entre nous, l’image du Jugement dernier est comme floutée. Qu’en penser et comment penser ce que les Écritures présentent comme une étape décisive de la vie humaine ? L’hésitation, voire l’aversion, devant la perspective d’un bilan final de l’existence n’est pas ancienne. Les grandes cathédrales bâties en style roman accueillent toujours le visiteur à travers une parole sculptée dans la pierre. Souvent leurs tympans majestueux reprennent la parabole matthéenne que nous lisons ce dimanche. Ils évoquent un temps de rencontre avec le Christ auquel tous sont convoqués. Ni le statut social ni la réussite professionnelle n’interviennent comme critères d’évaluation. Seule la parole du Christ compte. C’est à lui que revient le dernier mot ; parole qui révèle ce que les yeux du monde n’ont pas aperçu.

Pourquoi les croyants du temps des cathédrales se sont-ils approprié ce texte de l’Évangile comme une bonne nouvelle alors que nous nous sentons mal à l’aise avec l’idée d’un temps de bilan définitif ? Dans la plus grande partie des entreprises, la pratique de l’entretien d’évaluation fait partie du fonctionnement professionnel. Une hiérarchisation claire indique qui est le supérieur de qui. Après un entretien qui mesure le rapport entre les objectifs professionnels et leur réalisation, des notes sont attribuées. Elles déterminent, partiellement au moins, le plan de carrière de chacun. Nous sommes habitués à ce fonctionnement. Pourquoi alors cette peur secrète quand on évoque la perspective biblique d’un bilan général de la vie ?

Une première différence à noter est la suivante : professionnellement nous savons ce que l’on attend de nous. Le bilan repose sur une certaine objectivité des résultats. Mais qu’en est-il de l’Évangile ? Sommes-nous au clair sur ce que Dieu attend de nous ? Qu’avons-nous entrepris pour connaître et nous approprier sa volonté ? Nous aimons évoquer Dieu comme celui qui console, qui pardonne et qui aime sans conditions. Mais c’est comme si nous ­avions oublié qu’en Christ, nous sommes appelés à travailler pour une transformation du monde.

L’Évangile évoque une deuxième différence. À travers l’histoire qu’il raconte, Jésus ouvre une nouvelle perspective et demande : comment as-tu tenu compte de tes frères et sœurs en humanité, alors que tu pensais te situer sur un plan spirituel ?

La surprise provoquée par la parabole trouve sa source dans un croisement de plans. Au lieu de distinguer clairement entre le niveau des relations humaines d’un côté, et les relations spirituelles de l’autre, le texte de l’Évangile lie les deux dimensions. Il ne s’agit pas de faire un premier bilan concernant nos solidarités humaines, l’attention portée aux personnes ayant moins de moyens que nous-mêmes. Puis d’établir un autre bilan concernant notre pratique religieuse, suivi éventuellement d’un système compliqué qui dirait combien de « bons points » dans chacun des domaines sont nécessaires pour passer à l’étape suivante.

« Venez, vous, les bénis de mon Père », dit le personnage central de la parabole à celles et ceux qui ont éprouvé de l’empathie pour leurs frères et sœurs en souffrance au point d’agir en leur faveur. Des gestes tout simples sont évoqués : donner à manger, donner à boire, accueillir l’inconnu et l’étranger avec bienveillance, se soucier du corps pour le protéger du froid et offrir une présence à celui que la maladie isole.

L’amour pour moi, dit le Christ, se reconnaît dans ta manière de passer à l’action en faveur d’un monde qui manque d’attitudes fraternelles.

VON KIRCHBACH Agnès






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