Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Appelés à travailler pour le salut des autres

Qu’est-ce qui motive nos déplacements ? Pourquoi changeons-nous de lieux, d’activités professionnelles ou d’engagements ? Les raisons sont multiples. On cherche un temps de repos ou de vacances. La rareté du travail et du logement oblige à faire des trajets interminables. Le désir de retrouver une personne aimée nous décide à parcourir de longues distances.


 

Parfois, les motivations trouvent leurs racines dans des situations politiques ou culturelles graves. Des affrontements violents jettent sur les routes de la précarité et de l’exil des milliers de femmes avec leurs enfants, mais aussi des hommes qui veulent échapper aux persécutions de tous ordres : religieuses, ethniques, sexuelles, économiques. Pour d’autres encore, ce sont justement ces drames humains de l’injustice qui les poussent à changer leur trajectoire personnelle pour s’engager dans des organisations humanitaires.
Sur ce point le temps de l’évangéliste Matthieu et le temps de Jésus ne diffèrent guère du nôtre. L’arbitraire des puissants existe à tous les niveaux. Il est cruel, injuste, sans appel. Jean, le Baptiseur, s’était prononcé publiquement contre les méthodes des responsables politiques. Cette parole fut sanctionnée immédiatement. Jean fut arrêté, emprisonné et finalement exécuté. « Livré », dit le texte. « Livré », dira l’évangéliste aussi, quand il parlera de l’arrestation de Jésus et de sa condamnation à mort.
Nous nous sommes tellement habitués à ce verbe que nous oublions sa densité théologique. En effet, la formulation est au passif et pose la question de l’acteur. Qui est-il ? Ou qui sont-ils ? D’abord, les responsables politiques et religieux. Ils sont coupables. Mais dans l’évangile de Matthieu, un verbe au passif renvoie aussi à l’Éternel. Dieu ne reste pas à distance de nos injustices. Il peut reprendre nos actions mortifères, les tourner encore en chemin de rencontre avec nous. Pour dé-livrer. Pour dé-nouer.

Serait-ce cette certitude intérieure qui motive Jésus à changer de mode de vie ? La mort du Baptiste le pousse à se réfugier en Galilée. Mais au lieu de rester à Nazareth, il déménage à Capharnaüm. De plus, il propose une manière de vivre tout à fait inhabituelle. À l’époque les grands maîtres spirituels ne prennent pas l’initiative pour rassembler des disciples autour d’eux ; ils attendaient que les gens viennent par eux-mêmes. C’était un signe de leur sagesse. Ils savaient que sans motivation, sans soif intérieure, aucun adulte ne cherche à apprendre d’autrui.

Pourquoi alors Jésus se met-il à appeler des hommes en les invitant à le suivre ? L’évangéliste donnera la réponse plus tard. Il dira du Christ qu’il fut pris de pitié pour les foules harassées et stressées, perdues dans leurs orientations fondamentales, perdues aussi dans leur cœur. Comme des brebis sans berger. Selon lui, il en va de leurs vies. Se contenter d’affronter seul une telle misère humaine et spirituelle ne peut correspondre à ce que Dieu a révélé de lui-même tout au long de l’histoire. Jésus cherche des collaborateurs. être appelé, selon l’Évangile, ne signifie donc pas seulement être destiné au salut ; cela veut dire se destiner à travailler pour le salut des autres.
L’image utilisée est celle du rassemblement. Devenir pêcheurs d’homme ne résonne pas très favorablement à nos oreilles. Mais peu importe. Ce que l’évangile souligne, c’est l’urgence d’aller à la rencontre de tous ; d’attester : oui, chacun, chacune a sa place devant Celui qui, seul, a le dernier mot à dire sur nos vies. Une parole qui retranche tout ce qui abîme le visage encore caché de notre identité véritable.

Qui de nous acceptera aujourd’hui cet appel du Christ ?

VON KIRCHBACH Ag






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