Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Accueillir l’humilité du Christ, unique chemin vers Dieu
 

Méditation de Noël

24/12/14 -

Noël humaniste ou mystique ? Noël, révélation sur l’homme et son indicible dignité ou révélation sur Dieu et son incompréhensible amour ? Faut-il choisir ? L’Église confesse l’humanité de Dieu et la divinité de l’homme en Jésus-Christ sans confondre pour autant l’Amour infini avec sa créature infiniment aimée.

L’Esprit, par qui le Verbe de Dieu a pris chair dans le sein de Marie, nous donne d’adorer ainsi l’alliance ineffable de Dieu et de l’homme dans l’Enfant de Bethléem.

Thérèse d’Avila, dont nous célébrons le 500e anniversaire de la naissance (28 mars 1515) par une année jubilaire, témoigne de cette tension éminemment chrétienne entre humanisme et mystique : l’expérience de la proximité de Dieu en son Verbe fait chair ouvre à l’adoration de l’Amour qui transcende toute chose.

CHEMIN DE RÉALISATION DE SOI
La mystique de Thérèse est profondément humaniste au sens où elle témoigne de la dignité étonnante que Dieu confère à toute personne humaine. L’humanisme de Thérèse n’en demeure pas moins mystique en ce qu’il s’allie à une singulière conscience de notre néant de créature devant Dieu : nous ne sommes rien par nous-mêmes et, pourtant, nous sommes appelés à vivre de la Vie de Dieu !
À Noël, Dieu abolit la distance d’avec notre néant en l’assumant selon l’inconcevable dessein de son Amour. Ainsi, l’humanisme de Thérèse est-il proprement extatique au sens où la gratitude pour l’amour infini de Dieu envers l’humanité nous décentre de nous-même.
C’est pourquoi le chemin de la véritable réalisation de soi passe en définitive par l’offrande à Dieu de notre vie, de notre vouloir, de notre liberté dans l’humilité, le détachement et l’amour du prochain. Dieu fait homme jusque dans la fragilité de l’enfant nous fait ainsi la grâce de pouvoir lui consacrer notre vie en toute confiance.
La gratuité est proprement divine. Pourtant, nous sommes appelés à en vivre dans le Christ : la fête de Noël nous convie à entrer dans ce mystère de gratuité et d’amour.

EXTRÊME FRAGILITÉ
Avec l’Enfant de Bethléem, cette gratuité prend le visage de l’extrême fragilité, celle d’une vie en son commencement. Le caractère miraculeux de toute naissance humaine apparaît ici avec d’autant plus de force que celle de Jésus est marquée du sceau de la pauvreté et de l’insécurité.
La vie semble en soi un luxe prodigieusement inutile au regard de notre condition mortelle. Pourtant n’est-ce pas en cela, justement, que cette existence passagère si étonnamment belle révèle quelque chose de l’Absolu, à l’instar de l’éclat éphémère de la rose chanté par les poètes ? Les parents le comprennent bien lorsque leur enfant devient leur unique préoccupation en raison même de sa fragilité.
Avec le Christ, l’émerveillement qu’éprouvent un père et une mère devant leur nouveau-né acquiert la force d’une révélation divine : Dieu assume une existence nullement nécessaire en elle-même et pourtant devenue plus que nécessaire par la seule liberté de son amour. La naissance de l’Enfant de Bethléem constitue ainsi le centre de l’histoire et marque le commencement d’une création nouvelle.

JUSQU’EN NOTRE PROPRE ENFANCE
Le Christ devient le centre de notre propre vie lorsque la lumière de l’Évangile éclaire notre existence jusqu’en notre propre enfance : « Si vous ne redevenez comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu » (Mt 18, 3).
Le Règne de Dieu est celui de la relation gratuite et sans calcul propre aux enfants, conscients qu’ils sont de n’avoir rien à faire valoir. Il ne s’agit pas ici d’infantilisme, mais d’unification de l’être spirituel par cet enfant toujours vivant en nous et pourtant si souvent oublié. Il est si fragile, si vulnérable au mal du monde que l’adulte que nous sommes devenus s’en défend prétentieusement.
La figure évangélique de l’enfance consonne en effet avec celle du pauvre, du pécheur, de l’exclu en qui nous avons peur de nous reconnaître. Le Christ, qui a vécu dans la vive clarté de son enfance, vient éclairer de compassion et de miséricorde toutes nos souffrances passées.
Réconciliés avec nos peines les plus anciennes, nous pouvons alors adorer à la suite des bergers cet Enfant en qui Dieu nous dit son infinie proximité.

ÉMOTIONS ANCIENNES
Lorsque la grâce du Christ vient ainsi toucher en nous une fibre demeurée jusque-là comme paralysée, nous expérimentons une capacité nouvelle de vibrer à la vie. Toute notre existence passée inconsciemment présente en cet unique mouvement qui nous porte depuis notre conception s’ouvre alors de nouveau à l’inespéré.
Lorsque renaît ainsi la vibration oubliée d’une émotion d’enfant, nous percevons en nous comme une musique neuve. La corde désaccordée depuis si longtemps a retrouvé sa justesse. La mélodie de l’existence entière s’en trouve recréée. Ces émotions anciennes ont en effet une force particulière, car chacune a marqué de son empreinte la suite de notre vie. Lorsque la compassion du Christ leur ouvre une destinée nouvelle, notre existence entière acquiert une résonance neuve.
Dieu peut réaliser cela à tout âge et quels que soient les méandres de notre chemin. Ainsi que le déclare Thérèse, nous nous lasserons d’offenser Dieu avant qu’il ne se lasse de nous pardonner. Oui, l’amour de Dieu descend au cœur de notre humanité blessée pour la faire naître à sa propre vie.
Nous n’avons rien à craindre : Dieu n’a pas d’autre châtiment que d’aimer davantage la brebis perdue. Humanisme et mystique ne font plus qu’un lorsque la gratuité divine saisit ainsi la fragilité de l’humain. Accueillir l’inconcevable humilité du Christ est l’unique chemin qui mène l’homme à Dieu. Noël, humanité d’une naissance qui est gloire de Dieu ! « Nul n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père est celui qui nous l’a fait connaître. » (Jn 1, 18).

Fr. Olivier Rousseau (ocd)






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