Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


A la recherche de la demeure de Dieu
 

20/12/14 -

Dans la scène de l’Annonciation, Marie incarne et illustre la possibilité, offerte à celles et ceux qui y aspirent, de devenir demeure de l’Esprit de Dieu, demeure de l’amour de Dieu, demeure de Dieu. C’est le propre du christianisme de méditer, d’interroger, de se convertir au mystère de l’incarnation, une énigme pour l’homme, annoncée dès l’Ancien Testament, incarnée dans la singularité de Jésus de Nazareth, scrutée depuis par ses disciples interpellés par la figure du Christ.

Dans la première lecture, le dialogue entre le roi David et le prophète Nathan indique la conversion à opérer. Face à la tentation païenne de circonscrire la présence de Dieu dans un objet, un lieu ou un édifice, l’Évangile déplace les représentations du thème de la demeure de Dieu. Il fait de la conscience humaine le véritable sanctuaire, la véritable crèche, le véritable tabernacle, le véritable ostensoir de la présence de Dieu. Comme Marie, le lecteur du récit de l’Annonciation est invité à accueillir le mystère de la présence de Dieu dans celui de sa vie, celui de la vie des autres, celui de l’Église de Dieu. L’Évangile situe ailleurs que dans des objets ou des édifices le véritable enjeu de la demeure de Dieu. Son Esprit habite la conscience de celui qui apprend de Dieu le chemin de vie (cf. Ps 16), pour se convertir à ce qu’il est déjà pour Dieu : une vie donnée par amour des autres pour que la vie dont il vit soit partagée et leur soit rendue accessible.

Ce thème du détachement des demeures matérielles pour adhérer à la véritable demeure de Dieu est décliné de bien des manières dans la tradition judéo-chrétienne. Dans le dialogue de David avec Nathan, il est associé à la libération des ennemis d’Israël et au renouvellement de la promesse d’une descendance, autrement dit, d’un avenir possible malgré l’adversité des événements. Dieu établit sa demeure chez celles et ceux qui sont vecteurs de l’espérance. Dans la littérature johannique, le thème de la demeure de Dieu est associé à l’intimité amoureuse qui relie Dieu à l’homme : « Demeurez en moi et moi je demeurerai en vous » (Jn 15, 4), car l’amour dont Jésus bénéficiait de son père demeure en ses disciples (cf. Jn 17, 26 ; 1 Jn 4,12.15). Dans la Première Lettre de Pierre (1 P 2), les disciples de Jésus sont invités à devenir des pierres vivantes, choisies pour la construction de la demeure spirituelle des hommes libres qui mettent leur liberté au service de la construction de la demeure que Dieu leur prépare.
<br<
Le même thème de l’adhésion à la demeure que Dieu prépare à celui qui le cherche est aussi perceptible dans la méditation de P. de Bérulle sur Marie Madeleine conduite par l’amour de Dieu : « Du lieu où vous êtes, conversant avec le pharisien et vos disciples, vous opérez en Madeleine retirée en son palais. Vous la considérez, (…) vous l’attirez, vous la ravissez au monde et à elle-même. En cet excès et fureur sainte d’un amour saint, je la contemple et je la suis pas à pas, observant ses actions, admirant ses mouvements. Elle sort hors de son palais et plus encore hors d’elle-même ; elle vous cherche en votre maison et ne vous (y) trouve pas, mais elle vous porte et possède en son cœur sans le connaître. Vous n’êtes pas chez vous et vous êtes chez elle, c’est-à-dire en son cœur et en son esprit, et ce n’est pas merveille si elle ne vous connaît pas, puisque après les années entières de votre sainte présence et conversation, vous voyant, vous parlant au sépulcre, elle ne vous connaît pas : son amour, et au commencement et à la fin, ayant plus de ferveur et sentiment que de discernement (1). »

L’espérance face à l’adversité des événements, l’intimité amoureuse, en tant que source de vitalité et de liberté, et le discernement mené à la lumière de la miséricorde de Dieu, offrent autant d’indices de la demeure de Dieu que cherche l’humanité. Lorsque dominent le désespoir, la fatigue, la rancune ou l’obscurité, viens Seigneur Jésus : que chacun rencontre sur sa route un havre de lumière et de paix !

(1) Pierre de Bérulle, « Élévation sur sainte Madeleine », dans Œuvres complètes, tome 8, Cerf, p. 422.

PICART François






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP