Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


A cause de la Trinité, évangéliser sans prosélytisme
 

30/5/15 -

Baptisez-les au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit. » Cette mission que Jésus confie à ses disciples pourrait donner à penser que la foi en un Dieu trinitaire était évidente dans les Évangiles. En réalité, si ces textes mentionnent bien l’action de Dieu, de Jésus et de l’Esprit Saint, il a fallu quatre siècles de débats pour que les premiers chrétiens, approfondissant le mystère de Dieu à partir de la Pâque de Jésus, rendent compte d’un déplacement par rapport à la foi héritée du judaïsme. Comment rendre compte de l’expérience chrétienne de Dieu à partir du témoignage qu’en a donné Jésus, un témoignage tout à la fois condamné par les hommes au terme d’un procès, et en même temps authentifié par Dieu qui ne l’a pas abandonné dans la mort, mais l’a ressuscité, selon la profession de foi de Pierre et des premiers Apôtres ? La foi trinitaire cherche à répondre à cette question qui demeure la nôtre à l’heure du dialogue interreligieux dans la société sécularisée où nous vivons notre foi.

Héritiers de l’Ancien Testament, les premiers chrétiens ont progressivement compris que leur foi au Christ ressuscité ne pouvait faire l’impasse du témoignage que Jésus a rendu à son Père envers et contre tout : envers l’hostilité des autorités religieuses et politiques, des foules, envers l’abandon de ses disciples. La solitude du juif Jésus renvoie à la singularité de son rapport à Dieu et témoigne d’une relation personnelle à son Père qui fait exploser les cadres de la réflexion sur Dieu. Avec lui, la transcendance de Dieu se vit au sein d’une alliance personnelle, une idée dont la trace se trouve chez les prophètes de l’Exil comme dans Ézéchiel 36. Jésus incarne personnellement cette alliance proposée par Dieu avec son peuple. Elle résiste aux épreuves provoquées par l’hostilité rencontrée, voire même à la tentation du renoncement face à l’épreuve qu’il a éprouvée selon le témoignage de l’Évangile. Lui qui s’est cru abandonné par Dieu, s’est abandonné dans une relation confiante en l’amour miséricordieux de son Père.

Il fallait découvrir la force et la nouveauté de cette relation personnelle à son Père, jusque sur la croix, devant laquelle un centurion romain s’est écrié : « Vraiment, celui-ci est le Fils de Dieu » (Mc 15, 39), jusque dans la mort, puisque sa résurrection par Dieu atteste la continuité d’une relation préservée sur l’ensemble de cet itinéraire de Jésus et de méditation à son sujet. Or, l’Écriture mentionne un troisième acteur qui intervient dans la réalisation du dessein de Dieu par la relation de Jésus à son Père : l’Esprit qui conduit Jésus et habite sa prière, le même qui éclaire les disciples au jour de Pentecôte et qui conduit à confesser que Jésus est Seigneur (1 Co 12, 3). Rendre gloire à Dieu pour les merveilles produites par son amour miséricordieux, incarné par Jésus de Nazareth, dans la force du souffle de l’Esprit Saint, a renouvelé l’expérience spirituelle des premiers chrétiens. Ils se sont ouverts au mystère de Dieu qui s’est donné à voir en Jésus (Jn 14, 9). Héritiers des pères grecs, les orientaux expriment d’ailleurs plus clairement que nous, occidentaux, le mouvement dans lequel sont pris les chrétiens qui confessent le Dieu trinitaire : « Gloire au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. »

Dans notre société sécularisée et pluri-religieuse, la dimension trinitaire éclaire la demande de baptiser des disciples. Le baptême devient une feuille de route pour tous. En effet, l’Esprit Saint, reconnu en Genèse 2 sous les traits de l’Esprit de création, est déjà présent parmi les nations, donc chez nos interlocuteurs engagés dans un dialogue. Pour réaliser son dessein de rassembler l’humanité en un seul peuple, Dieu s’en est remis à son Fils qui a témoigné de lui « sans revendiquer le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2), mais en participant à la vie ordinaire des hommes jusque sur la croix. La foi trinitaire détermine alors une méthode qui distingue l’évangélisation du prosélytisme (1) : baptiser, dans l’Esprit Saint, selon la mission que Dieu a confiée à son Fils, c’est aussi chercher comment nos interlocuteurs nous aident à approfondir la présence du Ressuscité aux côtés de son peuple, et à nous y convertir.

(Prêtre de l’Oratoire)
(1) Cf. pape François, Angélus du 20 octobre 2013.
PICART François






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