Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


« A brebis tondue, Dieu mesure le vent »
 

10/5/14 -

L’autre jour, en me promenant dans le journal à la page des annonces nécrologiques, je vois un faire-part qui s’ouvre sur une belle et ancienne locution proverbiale : « À brebis tondue, Dieu mesure le vent ». Cette épigraphe que je n’avais jamais rencontrée au pays des faire-part va m’entraîner un long moment dans la douceur. « Dieu proportionne les épreuves à la faiblesse humaine », m’explique un dictionnaire spécialisé dans les locutions figurées. Je préfère penser qu’il prend soin de ma fragilité. Quand l’épreuve me dépouille, j’ai besoin que son souffle se fasse tout léger.
En Israël, la tonte des brebis s’accompagnait d’une grande fête qui va subsister même après l’époque du désert. Il faut dire qu’il s’agissait parfois de tondre trois mille moutons comme en témoigne le Premier Livre de Samuel (25, 2). On comprend qu’il faille fêter dignement l’événement comme à la clôture des moissons.

Sans aller jusqu’à faire la fête à la maison, je connais un peu la brebis tondue… Chaque année, à l’entrée de l’été, j’aide un voisin à soulager ses brebis de leur laine si épaisse et je vois toujours avec étonnement leur pudeur effarouchée lorsqu’elles ont peine à se reconnaître dans leur nouvelle nudité. Dire comme Isaïe que « la brebis reste muette devant ceux qui la tondent » (53, 7) est souvent vrai. Sans voix parce que paralysée par la peur. C’est pourquoi je lui parle et la caresse jusqu’à ce qu’elle retrouve un peu de sérénité. Une chose est certaine, elle reconnaît ma voix. Et si d’aventure une voix étrangère pénètre dans la prairie, celle du vétérinaire par exemple, elle s’enfuit « loin de lui ».

Quand le berger pénètre dans la bergerie, tôt le matin souvent, il fait encore sombre. À la vue, les brebis ne le reconnaissent pas. D’autant plus qu’il y a souvent plusieurs bergers au même endroit. Au temps de Jésus, et aujourd’hui encore, les troupeaux de propriétaires différents se côtoient dans un même enclos circulaire ouvert sur une seule porte étroite. Mais dès qu’un berger appelle, les brebis de ce berger-là se pressent à la porte car elles ont reconnu sa voix.

Aucun berger palestinien ne donne un nom personnel à ses brebis. Elles accourent toutes ensemble. Le bon pasteur, lui, les appelle une à une. Il ne crie pas à la cantonade mais les désigne chacune par son nom. C’est ainsi qu’elles passent la porte, qu’elles passent par lui : « Moi, je suis la porte » (10, 7). Il n’est pas que le berger à qui le Père ouvre la porte. Il est la porte. Il est la frontière. Il est le seuil. Le Passage, c’est lui. « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé, il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » (10, 9).

Aller et venir. Pas d’enfermement. Pas de voie unique. C’est l’ouverture qui compte. Saint Jean aime d’ailleurs beaucoup le verbe « ouvrir » : ouvrir les yeux de l’aveugle-né ; ouvrir le tombeau de Lazare. « On entre et on sort par le Messie, écrit Jean Grosjean dans L’Ironie christique (…). Le Messie est la porte par laquelle passe le vent. »

Le vent, mais pas trop. Il le sait bien, le berger des brebis. C’est avec délicatesse qu’il s’approche de chacune, attentif en particulier à celles que la vie a parfois tellement dénudées. Il est d’ailleurs significatif que l’iconographie chrétienne des premiers siècles représente la main du bon pasteur s’abaissant vers la brebis pour lui caresser le front et la bénir. Douceur d’un toucher et souffle d’une bénédiction. « À brebis tondue, Dieu mesure le vent. »

RINGLET Gabriel






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